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Mon Transsexualisme

26 février 2006 Le Collectif


Note du collectif : Naïma est médecin, donc à même de faire la part de l’élucubration médicale par rapport à des vérités scientifiques incontournables. Depuis la psychiatrie aux opérations en passant par l’hormonothérapie, elle va essayer de vous apporter un maximum d’informations et tenter de démystifier dans "on dit que" rétrogrades et dangereux.

Vous pouvez lui apporter un maximum d’informations.

Ma vision du transsexualisme.

Le transsexualisme a été (et est) reconnu dans certaines cultures et à certaines époques. Il a été (et est) parfois même entouré d’une certaine aura de mystère et donc de respect du fait de cette sensibilité particulière qui (ont) conduit certaines personnes qui ont été « touchées par sa grâce » à une connaissance subtile des deux genres habituellement opposés et de leurs jeux et enjeux relationnels. Il a été (et est) donc reconnu donc pour sa capacité de sagesse et la philosophie d’harmonie et de paix qui en découle.

Malheureusement, aucune communauté n’est homogène, et certains de ses individus ont profité de cette puissance qui leur était innée pour en faire un instrument de pouvoir et discréditer la source d’espoir et de progrès qu’ils étaient censés représenter, si ce n’est incarner.

La transsexualité est donc pour moi, non un trouble mais une qualité en puissance, aujourd’hui réservée à certains êtres. Pourquoi ?

Je n’en sais rien.

Force est cependant de constater que la perception native que nous possédons de l’emprisonnement dans lequel nous enferme une sécrétion hormonale inadéquate à notre nature intérieure nous conduit à nous poser la question du déterminisme de Dame Nature :

« Quand on est femme ou homme mentalement et physiquement, rien de plus « normal », on ne se remet pas en question puisqu’on se sent en phase avec soi-même... Et pourtant, on est complètement conditionné(e) par « nos » hormones à jouer un rôle déterminé... Dans quel but ?...

Difficile à dire. Mais il suffit que la sécrétion baisse pour qu’on soit déprimé(e), pour qu’on perde de sa belle superbe... Sans les hormones, on n’est rien ici-bas. »

Et de ce conditionnement obligé, de conclure à « l’absence de liberté dont Dame Nature nous laisse jouir »...

« Mais s’il faut jouer un rôle, que ce soit le bon, pas un autre ! »

La transsexualité nous oblige donc à jeter un regard différent sur la condition humaine, un regard qui englobe les comportements que nous adoptons de façon réflexe, mécanique, en fonction de ce conditionnement. A en être conscient(e)s et à faire des choix en fonction de ce que nous sentons le plus juste pour nous.

Quand nous venons nous présenter aux membres d’une équipe médico-psycho-chirurgicale dans le but d’une prochaine chirurgie de réassignation sexuelle, c’est avec cette certitude d’agir au plus juste de nos intérêts de santé physique et mentale, surtout si nous avons déjà acquis un « certain » âge : Nous avons trop longtemps privilégié le discours de la société aux dépens de l’écoute de notre véritable nature, pour aujourd’hui la sacrifier encore.

Notre sensibilité aiguisée n’est donc pas une hypersensibilité.

Autrement dit, elle n’est pas une exagération d’une fonction, donc elle n’est pas quelque chose de pathologique, quelque chose de maladif.

L’aiguisement de notre sensibilité est seulement l’expression de la nécessité pour nous de reconnaître notre besoin fondamental et légitime de mettre en accord notre nature profonde (le rôle pour lequel nous savons avoir été pressenti(e)s) avec notre corps (le rôle auquel nous avons en fait été contraint(e)s).

Nous sommes donc on ne peut plus normales ou normaux (selon que nous sommes mtf ou ftm), car ne sommes-nous pas l’expression même de ce que devrait être tout être humain, c’est-à-dire des êtres à l’écoute de leurs besoins essentiels, vigilants à les exprimer de façon claire et respectueuse afin de les faire reconnaître comme légitimes et suffisamment volontaires pour les satisfaire pleinement ?

De ce fait, nous revendiquons un cadre juridique adapté à notre condition particulière ainsi que le juste accès aux soins dont nous avons besoin pour être pleinement en accord avec cette certitude intérieure que nous portons en nous « depuis toujours » de ne pas jouer le rôle auquel nous étions préalablement prévu(e)s.

Malheureusement pour nous, la logique médicale, administrative et judiciaire n’emprunte pas les mêmes cheminements que la nôtre.

Notre société est construite sur un modèle hétérosexuel dont elle ne veut pas se défaire de peur de voir émerger d’autres paradigmes. En s’enfermant dans un concept qui repose sur la soi-disant légitimité d’une tradition vieille de (seulement) quelques siècles, elle ignore qu’elle se condamne à mourir car en refusant les défis qui lui sont proposés, elle s’interdit de s’adapter, d’évoluer et de se donner une chance de perdurer.

Notre communauté de quelques milliers de personnes pour une population globale de 60 millions d’êtres n’est au regard des chiffres qu’une minorité.

Mais sur le plan des valeurs humaines, elle est une richesse dont nous souffrons de ne pouvoir la partager avec le plus grand nombre.

Pourquoi les responsables politiques et médicaux qui nous dirigent ne pensent-ils pas à faire le parallèle suivant ?

En France, la liberté de culte est une des fondations même de la société. Ainsi, un grand nombre de sensibilités religieuses bénéficie-t-il de la garantie de la liberté d’expression et de pratique tant que celle-ci respecte les valeurs républicaines. Et l’Etat s’engage personnellement à ce que la satisfaction de ce besoin fondamental soit accessible à chacun.

Pourquoi n’en serait-il pas de même à propos de la grande variété de sensibilités de genre ? Il n’y aurait pas alors besoin de passer par le concept - aujourd’hui rendu obligatoire - de « maladie » ou de « trouble identitaire ».

Tout serait plus simple.

Naïma Nanda