Je suis là, avec les filles du CTE, dans leur action militante et je me mets aussi à votre service pour toutes les questions qui se posent en famille, avec les enfants et avec les amis pour les nombreuses difficultés de la transition.
Colette I..
Mon Témoignage
29 janvier 2006 Colette I
Perpignan le 10 avril 2005
Détail d’importance, je commence ce témoignage le jour même de nos 34 ans de mariage. Ca fait un bail et notre plus belle espérance, c’est que ça continue longtemps encore.
Je ne me suis encore jamais livrée à ce genre d’exercice aussi, pardonnez moi quelques gaucheries, jJe note cependant un point intéressant : aimable ou pas, rien ne change : ce sont mes idées de liberté totale pour notre communauté qui dérangent certaines. Dont acte. e n’ai pas le charisme de mon époux(se) pour écrire pour parler de moi, de nous : Colette, c’est moi, Jean Michel, mon mari, Michèle dans son féminin, le prénom que je lui préfère à Aubeline qui est son pseudo d’écriture. Je profite de son talent à écrire pour remettre mes idées un peu en forme.
Je ne raconterai pas une histoire que vous connaissez déjà, certaines d’entrevous et qui est disponible sur le site, je vais seulement essayer, à la demande de Coline, de partager un peu de mon ressenti dans une expression que je n’aime pas :
L’épouse d’une Transsexuelle !
Ce n’est qu’un constat d’amour entre deux personnes qui s’aiment au dessus des genres et du sexe, loin des étiquettes, des convenances, des sentiers battus.
Qui suis-je :
Je suis une femme biologique de naissance, cis genre dit-on, née dans un environnement familial stable que rien du tout ne prédisposait à vivre une histoire singulière, loin de chez moi, avec celui que j’ai pensé être simplement « Mon Mari » au départ de cette aventure.
Les débuts de notre mariage ont été normaux dans le sens où j’avais un homme à la maison, un militaire en plus, et dans la mesure où j’avais épousé un Catalan, j’avais du accepter l’esprit de clan, le sang et l’or catalan, la fierté de tout un peuple. La Cargolade en plus, ce qui n’est pas rien ! Je vous avoue que ceci est dur à porter mais n’interférait en rien dans notre entente.
Pas du tout informée du problème de la Transsexualité, pendant plusieurs années, je n’ai rien ressenti de particulier qui puisse m’alerter, sauf, peut-être, avec du recul, certaines impatiences attribuées à ses origines méridionales et un caractère vif et facilement emporté, de grosses insatisfaction de sa condition de gradé dans une arme que ses parents avaient choisi pour lui. J’aurais certainement du être alertée par quelques ratées sexuelles intempestives, un peu répétitives mais comme je ne suis pas personnellement un folle de sexe, j’ai passé cela au chapitre des pertes et profits sans y accorder une grande importance. Mon désir d’enfants s’est vite comblé, donc rien à redire.
Révélation : La foudre m’est tombée sur la tête quelques années plus tard, au profit d’un mariage, chez moi, dans ma famille. Je sais qu’à ce moment là, dans l’esprit de Michèle cette révélation avait un caractère inéluctable de séparation puisque cet aveu s’était fait avec la conviction profonde que je ne pouvais pas l’accepter et conséquemment, elle se voyait repartir seule au foyer familial. Seulement comme j’ai un esprit assez ouvert, je n’ai pas voulu juger et décider avant de savoir exactement de quoi il retournait, quelles pouvaient être les implications dans notre quotidien et comment évaluer la situation. Nous avons connu plusieurs mois d’un dialogue effréné, moi questionnant, Michèle ne répondant que par brides, à doses homéopathiques pour ne pas me choquer.
J’aurais plutôt tendance à dire que cette façon de procéder n’est pas forcément la meilleure méthode, du moins pour moi personnellement, ce qui m’a dérangé quelque peu au fil des années et encore récemment quand on allait d’étapes en étapes dans les aveux.
Il m’appartient de préciser que je suis une femme, que la féminité est une situation normale pour moi depuis mon enfance, que je ne suis pas lesbienne et que si j’ai quelques amies avec lesquelles j’entretiens une relation amicale normale, je ne suis pas attirée par les femmes en général. Je n’ai jamais eu de rapport sexuel ou de flirt avec une fille.
Cependant la féminité à fleur de peau de mon mari ne me dérange pas, elle n’est pas affichée sur le mode provocation mais avec un certain naturel qui passe bien entre nous deux. Ce qui n’a pas été facile car j’ai du seconder Michèle à briser un énorme carcan de préjugés et blocages divers issus d’une éducation totalement ratée. Je bloque un peu néanmoins sur sa façon de tenter trop souvent à se faire rassurer sur sa manière de passer en tous publics, et même avec moi dans notre intimité .
J’ai le sentiment d’en tirer plus d’avantages que d’inconvénients. J’ai à côté de moi une personnalité infiniment plus apaisée, plus ouverte.... Même plus aimante....Je n’ai pas dit amante ! Ce n’a pas toujours été facile mais je m’habitue à une sorte de connivence féminine entre nous et je conseille beaucoup Michèle pour ses tenues, ma façon personnelle de voir la femme qui émane d’elle tout en lui laissant la liberté de ses choix. Michèle n’exprime pas la femme qu’elle est pour moi mais avant tout pour elle et à travers elle. Je n’ai pas à façonner un personnage qui ne peut vivre que naturellement en aidant simplement à maîtriser quelques petits dérapages !
Le protocole en marche : Depuis que nous vivons ensembles nous avons vécu plusieurs grandes périodes avec des concepts de vie différents :
Le début de notre mariage avec un homme apparemment normal et sans histoires.
Après la révélation, pendant de nombreuses années, jusqu’à notre quarantaine sa transsexualité s’est manifestée dans la pratique d’un travestisme débridé dont je ne conserve pas un bon souvenir. Belle, jeune, exagérément féminine, volage, trop souvent dehors avec toutes sortes de personnes, Michèle ne s’est pas vraiment illustrée par une conduite irréprochable et j’en ai souffert de la même façon que toute femme avec un mari cavaleur. Lorsque Jean Michel a repris le chemin de la foi, de notre vie partagée, j’ai eu deux ou trois années de quiétude sans voir que le calme précédait la tempête. Je sais que cet effort de normalité d’existence, de genre a été vécue sincèrement et que malgré ce temps de calme, le trouble continuait son effet dévastateur. Nos conversations par la suite m’ont permis de mesurer le calvaire de Michèle dans sa lutte pour tenter de rester un homme et, pour finir, l’impossible aveu d’impuissance face à cette force imbattable.
On ne peut rien contre cet état ! Il existe depuis l’enfance et comme le dit bien une amie de mon époux(se), plus on l’éloigne plus il revient fort en le comparant à un boomerang.
J’ai assisté impuissante à ce combat et c’est au fond sans surprise que j’ai reçu son second aveu, en sachant que cette fois ce serait probablement beaucoup plus engagé. Pour cause puisque cela débouche sur un protocole !
Si je résume ça donne ceci :
« L’homme que j’ai épousé est en train de devenir la femme tangible moralement refoulée pendant des années, ce qui va à l’inverse de toutes mes attentes de femme ! J’ai suivi ces événements avec inquiétude d’abord, puis plus calmement, avec amour parce que c’est notre seul espoir d’un avenir serein ensembles. L’idée de nous séparer nous est inadmissible à toutes les deux, ce qui implique d’énormes concessions de nos deux côtés. »
Nous sommes toutes les deux (il faut bien que j’utilise le féminin, même si ça me coûte encore quelquefois) prises entre le marteau et l’enclume car je ne doute pas un instant du débat intérieur qui anime Michèle aussi. J’ai instantanément compris qu’il y avait le feu au lac au retour de son psy de Perpignan, avec la première confirmation de sa transsexualité, à plus fortes raisons lorsque le second a corroboré les dires du premier.
Je mentirais si j’écrivais que tout a coulé de source ! Il y a eu des moments de doutes et d’angoisse terribles, des cris et des larmes. Souvent au début je me suis braquée de tout mon être contre ce qui nous arrivait, contraire à tout ce qui faisait de moi une femme mariée avec un homme ! La patience de Michèle, l’énergie du désespoir avec laquelle j’ai voulu protéger notre union, notre tendresse, nous a permis de surmonter cette lourde épreuve. Cela a pris du temps, beaucoup de temps, plusieurs années. Mes hantises se sont en grande partie estompées, reste le gros morceau de l’opération à finir d’avaler : c’est grosse bouchée assez indigeste qui a pourtant sa raison d’être au risque de jouer dans l’inachevé !...A tout prendre, aller jusqu’au bout de tout avec ses avantages et ses inconvénients ! Alors, nous sommes toujours là, ensembles avec beaucoup d’amour.
Et puis (la fin de mon témoignage se situe en novembre 2005) Il y a eu la mise en place de ce protocole. Je pense que j’ai été la seule épouse de Trans. prise en charge dans un protocole puisque j’ai été entendue et suivie par des médecins et le psy de Perpignan. Entr’autres questions, ils m’ont demandé quelle aurait été ma réaction à cet engagement définitif 20 ou 30 ans plus tôt .
« Sincèrement, je ne crois pas que j’aurais pu suivre. Sans être une folle de sexe, j’imagine que la perspective d’une abstinence définitive m’aurait trop effrayée d’autant que mes convictions ne m’engagement à aller trouver ailleurs ce que je n’aurais plus à la maison. Nous étions jeunes avec toute une vie à faire, avoir des enfants, fonder une famille, un couple. J’ai rencontré d’autres jeunes femme qui m’ont fait part de ce désir, de cette appréhension, comme de leur compréhension et de leur amour ! Ces sentiments sont d’une complexité inouïe. Notre principal atout à Michèle et à moi est notre réel accomplissement de couple uni que nous avons été comme base solide à un nouveau couple seulement d’apparence différente. Nos âmes ne changent pas !
Michèle a toujours été Michèle , même sous l’apparence de Jean Michel. Beaucoup de Jean Michel restera même sous l’apparence de Michèle.
De toutes façons, il faut une immense dose d’amour pour vivre ça en harmonie et des convictions profondes et inébranlables.
Je conçois bien que mon âge, le même que Michèle, me donne le recul nécessaire à ce grand saut ! » Il y a entre nous la réalité tangible d’une vie accomplie, j’entends par là que j’ai pu avoir ma vie de femme. J’ai eu trois enfants qui sont grands maintenant auxquels nous avons pu apporter une bonne éducation ensembles, au delà de mes espérances en sachant ce que je sais ! Tout n’est jamais parfait dans un couple mais au bout du compte, c’était plutôt pas mal !
Notre sexualité aussi évolue ! Elle passe doucement d’une asexualité totale de Michèle, d’une gène grave même à un relationnel infiniment plus doux, plus épidermique fait de caresses simples et partagées. Echanger quelquefois simplement la chaleur de nos corps en ne cherchant rien d’autre que la communion de nos cœurs, de nos pensées. Michèle pense que ce sera mieux quand elle sera libérée du gros anachronisme de son corps... Je ne demande qu’à la croire.
Je ne dis pas que maintenant c’est mieux ou moins bien : C’est différent. Nous vivons ensemble ce que nous sommes capables de vivre ensembles, nous, Michèle et Colette, ce qui n’est pas une pirouette de ma part pour ne pas dire que c’est aussi possible pour d’autres ! Nous avons pu constater de visu que ce l’était ! Le seul conseil que nous pourrions donner c’est celui de l’Amour, l’écoute, le respect, l’adaptation personnelle à la situation.
Nous connaissons des couples jeunes dont les enfants et l’épouse se sont correctement adaptés à la féminité du père, du mari, à l’image féminine de la personne. Ca se passe bien, c’est génial ! Nous connaissons des couples jeunes qui ont eu la tendre volonté de se comprendre et se rapprocher probablement plus fort que des gens sans histoire.
Michèle qui côtoie plus de monde que moi a rencontré aussi des amies qui souffrent dans leur âme cet impossible accord quand il ne peut se faire totalement. Il y a des blessures, de cicatrices indélébiles Qui faudrait-il soutenir ? L’une ou l’autre ? La sagesse voudrait une assistance aux deux en se posant la question de qui est la plus malheureuse, qui aurait droit ou ne pas droit , que dire ? Apprendre à écouter peut-être justement pour savoir au moins quoi ne pas dire !...
Michèle me presse de conclure ! Bon ! Au fond on y prend goût à parler comme ça ! on resterait bien encore un moment ensembles ! Je ne peux pas finir en éludant la question de l’Opération !
L’opération. C’est comme si on se retrouvait d’un moment à l’autre face à un tsunami ! On a déjà subi le tremblement de terre, là, arrivent les conséquences de celui ci !
Plus que des mots précis sur le papier, j’ai ressenti cette vague quand les médecins de Michèle ont commencé précisément à l’appeler Michèle, parce que c’était pour eux une évidence qui s’accompagnait naturellement de l’image complète d’une femme ! La femme qu’ils voyaient moralement et physiquement.
A cet instant, mon univers d’épouse a réellement basculé parce que je n’avais plus de choix. Il n’y aurait plus d’intermédiaire arrangeant mais une évidence avec laquelle j’allais devoir composer, un cap à franchir dans les pires tempêtes de mon esprit ! Si Jean Michel livrait son corps au chirurgien, outre les immenses risques opératoires non négligeables, il en ressortirait une femme physique qui n’aurait d’autre alternative que de se construire définitivement, socialement, moralement dans une intégration à un environnement pas forcément toujours accueillant, encore que les choses évoluent dans le bon sens.
Pour moi, c’était acquis mais pour les autres la question qui se posait devenait brûlante. Pour l’instant le comming out se fait sans réticences. Age, raison, préparation, motivation sont-ils les facteurs suffisants de cette mutation qui se met correctement en mouvement ?
Je vois Michèle mettre Michèle harmonieusement en place non sans avoir besoin, souvent de l’aide de la femme que je suis dans l’acquisition de sa crédibilité de femme.
Vers quelle femme va-t-elle ? J’ai vu, je vois dans l’entourage de Michèle des femmes, Trans. opérées, belles, qui pour certaines ne respirent pas spécialement le bonheur avec une forme d’agressivité qui dénoterait plutôt du mal être. J’en vois aussi heureusement de plus épanouies dans un environnement plus calme, plus discret, plus serein qui vivent une vie paisible de femme au foyer et qui travaillent. Michèle dit vouloir continuer son métier qui la satisfait, qui la passionne même et envisager d’accentuer aussi son action au service de autres ...
Possible et réalisable à mes yeux ! Ce qui ne m’empêche pas de craindre qu’elle puisse être déçue dans ses attentes de femme et de militante ; il arrive qu’on attende trop d’une espérance. Mais il y a en Michèle le « raisonnable » et réfléchi d’une attente de tant d’années....
Ce que je pense avoir compris, et ce sera mon dernier mot, c’est que cette opération, sous notre angle, si elle est bien fondée, je suis convaincue que c’est le cas, n’est pas un aboutissement mais un commencement. Je serai là, avec elle, pour recommencer notre vie.
La première était bien.... Je souhaite que la seconde soit encore meilleure !
Il n’est jamais trop tard pour mieux faire.
Colette.




