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Parce qu’il est nécessaire pour se forger une opinion d’avoir entendu, de vive voix les points de vue de tous les protagonistes d’un débat. Nos praticiens qui le veulent bien, nous font part de leurs opinions !

Mon Corps, par Sélénia.

11 février 2006 Michèle

Quand l’âme immatérielle se cachent dans un corps de chair et de sang qui souffre !


Note personnelle :

J’ai pour principe de visiter souvent un certain nombre de forums, intervenir quelquefois.

En allant sur I-Trans ce matin, sur le Forum de Nadya, j’ai découvert ce texte de Sélénia !

J’ai d’abord pleuré à chaudes larmes d’émotion puis je me suis dit que ce très beau texte était comme une profession de foi des trans. Je lui ai demandé la permission de le publier.

Je n’en ai changé ni un point ni une virgule.

Il devrait être lu par toute personne qui s’intéresse à nous !

Je l’ai donc placé à la croisée de nos chemins d’hommes et de femmes de bonne volonté.

Michèle

"SELENIA, Le corps qui souffre !"

Il n’est pas si mal, pas malade, mais il me fait mal. Il me gêne, me blesse, m’interpelle chaque fois que je le regarde dans la glace. Il lui manque quelque chose et il a quelque chose en trop.

Il me fait mal, me brûle !

Pourquoi ?

Je ne peux pas en sortir, je suis dedans, il me pose problème, avec moi-même, je ne comprends pas.

Qu’est-ce qu’il a ? Il n’est ni laid, ni malade, ni blessé... Pas tout à fait.

La blessure est là, à l’intérieur, comme une maladie. On ne la voit pas, elle est pourtant profonde.

J’ai mal, mais cela ne se voit pas, ne s’entend pas, c’est invisible, silencieux. Mon corps me parle pourtant, il crie, pourquoi n’entends-t-on pas ce hurlement sourd ?

Les gens ne veulent pas voir, pas savoir, pas entendre, ni même comprendre. Qui le peut d’ailleurs ? Pas même moi !

Je ne le comprend pas ce corps qui semble être moi. Il ne me comprend pas non plus. Qui le peut ?

Il est à moi, sans vraiment l’être. Il lui manque quelque chose et il a quelque chose en trop...

Je suis coincée dedans, prisonnière ! Qui en a voulu ainsi ? Personne, tout le monde, seulement moi peut être ?

Il m’appartient, sans m’appartenir. Il me ment à chaque fois que je le vois. Qui le voit ? Personne, tout le monde, seulement moi peut être ?

Il me parle, me regarde, me ment. Il me rappelle à chaque fois que ce n’est pas moi !

Pourquoi ?

Je suis handicapée !

Il ne lui manque rien pourtant à ce corps, en apparence. Je suis handicapée, je ne peux pas vivre avec ce corps, pas comme il faut.

Il lui manque ces seins, ce vagin qui font que je suis handicapée. Il a un truc, cette chose, pas de nom, pas pour moi. J’essaie de ne pas la voir cette chose, de l’oublier, sans pouvoir, parce qu’elle est là.

Je suis handicapée car, pour pouvoir faire l’amour avec l’homme que j’aime, je n’ai pas ce qu’il faut.

Pourquoi c’est là cette chose ?

Pourquoi je n’ai pas ce qu’il faut ?

Je ne sais pas. Qui le sait ? Personne, tout le monde, seulement moi peut être ?

Il m’emprisonne, m’empêche de m’exprimer, d’aimer, d’être aimée...

Pourquoi ? Ce n’est pas juste !

Qui donc en a voulu ainsi ? Dieu ? Ce serait une punition divine... La Nature ? Alors, il arrive qu’il y ai désaccord... La Vie ? Le karma y serait pour quelque chose...

Personne, tout le monde, seulement moi peut être ?

Je ne suis pas là où il faut ! À qui est-il ce corps ? Ce n’est pas le mien ! presque pas... Je sens, pense, respire pourtant...

À quoi je ressemblerais sinon ? À qui ?

Dis moi ! Oui, c’est à toi que je parle ; toi, ma prison, qui es-tu ? Qui aurais-tu dû être ? Pourquoi tu ne réponds plus ?

Tu restes silencieux quand tu veux, tu te tais, tu ne parles plus, tu ne dis plus rien et garde ce si lourd silence.

Qu’est-ce qu’ils voient les autres ? Moi ? L’autre ? Un monstre ? Ou peut être n’y a-t’il que moi qui me vois ainsi...

Je ne sais pas, qui le sait ? Personne, tout le monde, seulement moi peut être ?

Quand je me vois, j’ai mal, peur ; il me faut toujours sauver les apparences, avoir l’air présentable, figure humaine oserais-je dire !

Parfois, mais ce n’est pas souvent, il arrive que l’on croise quelqu’un. Il vous rappelle qu’il y a toujours quelqu’un derrière ce que l’on voit et qu’il vous a vus.

Je lui ai posé cette question, simple, anodine ; pas tant que cela en vérité.

"Qu’est-ce que tu vois quand tu me regardes, ou qui, ou quoi ? Je ne sais pas..."

Il m’a juste regardé droit dans les yeux et m’a répondu : "Toi".

Je suis handicapée car prisonnière de ce corps, ce corps qui ne m’obéis pas, ce corps qui me ment et ment aussi aux autres. Il ne me montre pas moi, il me cache, il n’est pas moi.

Je suis transsexuelle.

j’ai appris une chose : si notre corps nous cache aux autres, les empêchant de nous voir tels que nous sommes et de leur montrer ainsi ce que nous sommes, alors, il faut leur montrer qui et ce que nous sommes dans notre coeur, au plus profond de nous.

Si le corps se tait, ment ; alors, l’âme, le coeur et l’esprit doivent parler, dire la vérité, crier, s’exprimer pour pouvoir enfin briller de tout leur éclat et de toute leur beauté.

sélénia

J’ai écrit ce texte il y a un peu plus d’un an. J’avais mal, ne comprenais pas vraiment plus qu’aujourd’hui, mais depuis des choses ont avancées. Je pense qu’il n’y a rien à comprendre. Juste que dès fois, les gens sont obtus, fermés au point de ne pas pouvoir nous aimer, ce qui nous permettrait d’oublier un peu notre différence et ce qui en soi nous aiderait tellement à vivre plus heureux-euses !_


même la plus petite des lumières peut éclairer le monde !


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