La question qui tue. Anne-Gaëlle, au charbon !
1er février 2006 Le Collectif
Note des administratrices : Le débat continue, s’amplifie, s’affine sur les questions qui se posent en les mettant à plat.
Bibliographie : Le forum des F-B
Coucou les filles, v’là la mère supérieure qui revient !
D’abord je constate que "la question qui tue" ne fait des dégats que chez les sectaires idéologiques, mais que chez les Fabulous, elle développe au contraire les échanges et améliore notre information. Vous êtes les meilleures !
Secondo, si nous cherchons toutes sincèrement à approfondir notre réflexion, nous ne sommes cependant pas toutes exactement du même avis.
Du fait de votre prolyxité (ça se dit ?) , il difficile de faire une synthèse des propos. Voilà ce que je retiens des mails échangés depuis 48 heures
Sujet 1 : Sommes nous malades mentales, ou même simplement malades ?
Le sentiment général, voire unanime, est que nous ne nous ressentons pas nous mêmes comme malades.
Cependant, nous sommes assez d’accord pour reconnaître qu’il y a eu un bug quelque part dans la programmation de notre cerveau par rapport à notre corps (ou vice versa) qui nous fait dire "je vivrais beaucoup mieux en femme, j’aurais du être une femme" (Ornithorynque, Anne-Gaëlle...) ou même carrément "je suis une femme" (Michèle). Nous sommes d’accord que ce n’est pas quelque chose que nous avons voulu mais que nous subissons avec des degrés de douleur qui vont de l’insupportable jusqu’au supportable quelques dizaines d’années ... seulement.
A partir de là, intervient une question de vocabulaire.
La médecine utilise des mots techniques ("pathologie", "mental", "syndrome", etc.) auxquels elle n’associe pas la même charge émotionnelle que nous. Qu’est ce que souffrir, sinon une "pathologie" (pathos en grec = souffrance). Si ça concerne les idées que nous nous faisons de nous mêmes, c’est donc "mental". Je ne dis pas cela pour tout excuser et clôre le débat, mais il faut tout de même prendre conscience que nous n’avons pas toutes les mêmes définitions et fantasmes par rapport à chaque mot.
Je suis la première à me dire que je ne suis pas une malade mentale au sens où on l’entend au comptoir du café du coin, où malade mentale veut dire "attardée débile", voire folle.
Mais pourtant où se situe mon problème sinon dans ma tête, puisqu’on ne m’a trouvé aucun problème physique quant à ma masculinité (bon, d’accord, disons "dans l’état actuel de la science"). A cela, Michèle et Dominique apportent un élément que je ne connaissait pas : la transsexualité comme l’intersexualité serait une maladie physique ! Alors là, ca changerait tout ! Mais peuvent elles citer le dictionnaire dans lequel elles ont pris cela ?.. On travaillera alors sur cette piste.
En attendant, il faut vous signaler un document important qui a été indiqué il y a quelques semaines sur le forum de www.i-trans.net (de Nadya) et que j’ai conservé en pdf (et que je peux envoyer par mail à qui me le demandera) Il s’agit des Standards de soins des troubles de l’identité de genre, sixième version, de l’Association Internationale Harry Benjamin de la Dysphorie de Genre.
Il est inscrit en exergue de ce document que "Le principal objectif des Standards De Soins (SDS) est d’assurer la cohérence du consensus professionnel de cette organisation internationale concernant la prise en charge psychiatrique, psychologique, médicale et chirurgicale des troubles de l’identité de genre.
Ce document a été traduit par le GAT (Groupe Activiste Transexuel) en 2005. Il est très très intéressant sur tous les aspects de notre parcours et surtout il montre ce sur quoi il y a un consensus au niveau international, donc au delà même de la France. On y trouve ce paragraphe :
"Les troubles de l’identité de genre sont-ils des troubles mentaux ?
Pour être qualifié de trouble mental, un modèle comportemental doit avoir pour résultat un handicap d’adaptation important pour la personne ou causer des souffrances mentales personnelles.
Le DSM-IV et la CIM-10 (qui sont les deux principales nosographies mondiales) ont défini des centaines de troubles mentaux qui varient en apparition, pathogenèse, incapacité fonctionnelle et curabilité.
La désignation des troubles de l’identité de genre comme un trouble mental ne donne pas permission pour autant de stigmatiser ou de priver de leurs droits civils les patients concernés par les TIG (Troubles de l’identité de genre).
L’utilisation d’un diagnostic formel est souvent important pour offrir une assistance, garantir une couverture par l’assurance santé, et orienter la recherche pour assurer des futurs traitements plus performants.
J’en conclus que les TIG figurent comme "maladies mentales" dans les deux plus grandes classifications mondiales des maladies et que ce n’est même pas au niveau de la France qu’il faudrait mener le combat pour la depsychiatrisation (si tant est qu’on le veuille), mais au niveau international ! Ce n’est pas demain la veille. Et ce serait encore plus illusoire de se battre pour une dépathologisation.
Quand Michèle ecrit : « Le sujet ne nous semble pas atteint de pathologies de niveau psychiatrique en dehors d’une problématique de l’identité sexuelle ! » Ouf ! Je ne souffre pas de pathologies psychiatriques !
Elle se trompe ! La phrase des médecins veut bien dire qu’elle ne souffre d’aucune pathologie psychiatrique si ce n’est de... la pathologie de l’identité sexuelle !
Même la notion de "médecine réparatrice" ne nous fait pas échapper à la notion de pathologie (pour réparer, il faut bien que quelque chose soit cassé).
Donc je crois, personnellement, qu’il faut arrêter de perdre notre temps sur cette chimère de dépsychiatrisation ou dépathologisation.
Malades ou pas malades, qu’importe comme dit Ornithorynxe (dit, t’aurais pas pu trouver un pseudo moins chiant à écrire ?)
En revanche, nous devons effectivement nous battre pour que "ne soient pas stigmatisés ou privés de leur droits civils les patients concernés". Nous pouvons dire et écrire que nous ne sommes pas des malades mentales comme les autres et qu’on nous a classées là faute de mieux.
Sujet N° 2 : qui peut diagnostiquer notre "pathologie" ?
Il me semble qu’il y a un consensus entre nous pour considérer que l’autodiagnostic seul ne suffit pas.
Il semble que la formule la moins mauvaise soit de demander aux psychiâtres non pas ce que l’on est, mais ce que l’on n’est pas : c’est à dire le psy doit dire qu’il n’a pas trouvé d’autres "maladies mentales" (schizophrénies et psychoses diverses) qui puisse expliquer la constance de notre désir de changer de genre et notre souffrance à ne pas le faire. Et ca peut se diagnostiquer en peu de séances. Néanmoins, la constance de la demande sur une période de plusieurs mois (environ 6) me paraît sage.
On pourrait imaginer des règles qui fassent que l’on ne risque pas d’être bloquées par l’avis d’un seul psychiatre, ou par le seul courant de pensée "Cordier Chiland", mais par exemple que l’on puisse obtenir une contre expertise d’un autre psychiatre d’une autre tendance.
Finalement la philosophie du système pourrait correspondre à ce que dit Marine : "Les praticiens n’interviennent alors que comme caution de notre bonne santé mentale afin de donner les feux verts à notre démarche"
Remarque : une chose dont on n’a pas parlé est l’exigence d’une "expérience de vie réelle en femme" (real life test). Si cette exigence existe, alors elle me paraît, à moi, assez scandaleuse et de nature à pousser la patiente au désespoir bien plus que l’androcur. Il me semble qu’il faut que nous en discutions sur ce forum.
Sujet N° 3 : comment s’y prendre pour être prises en charge tout en étant bien "suivies" et "soignées" ?
Eh bien nous n’avons pas vraiment abordé ce sujet... N’est ce pas un chantier concret sur lequel nous devons maintenant échanger et bâtir, une fois évacuées- sinon résolues - nos questions métaphysiques ?
Anne-Gaëlle
Qui ne veut pas s’ériger en "professeur" mais essaye avec vous de faire avancer le débat et de maintenir la flamme !
PS (oui, je trouve que je n’en ai pas assez dit !) : à la question de Dominique je fais une réponse de dominicaine : une post op doit être une femme comme les autres au regard de ses concitoyens, mais peut rester une trans dans son propre regard... Euh, ça révèle quoi, docteur ?
PS2 : je crois que je vais encadrer et resservir à pas mal de consoeurs (à commencer par "petit démon") la définition de la personne psychotique transmise par Ornitoto : "La personne psychotique, elle, va totalement nier son trouble, et rendre la société pleinement responsable de l’incompréhension qu’elle pense subir."




