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La Pendule Ensorcelée
17 septembre 2006 Michèle
Anne Gaelle et Natacha ! Réassignations à Bangkok
LES TROIS JOURS DE L’HORLOGE ENSORCELEE
Récit complet d’un voyage à Bangkok pour une opération de réassignation de sexe effectuée par le Dr Chettawut
Préambule
Ce voyage a été effectué en juillet 2006 par nous, Anne-Gaëlle (AG) et Natacha (Nat).
Le but de nos modestes témoignages est d’apporter une expérience et des conseils utiles et pratiques, sachant que La Goudou Transgénique et Marine ont ouvert brillamment la voie par leur récit de mai 2006 sur le site www.fabulous-gonzesses.com (rubrique témoignages), complété par le Glossaire de Dannie qui ne nous a pas quittées.
En outre, grâce à Dannie, il y a une version française du site du Dr Chettawut (www.chet-plastic-surgy.com/index_french.html)
Nous avons éliminé les considérations ou péripéties trop personnelles qui ne pourraient être transposables à quelqu’un d’autre. Mentionnons simplement que AG, célibataire de 59 ans est venue seule et se débrouille en anglais, et que Nat, 46 ans, qui ne veut pas infliger son anglais à ses interlocuteurs, est venue avec sa femme (licenciée en anglais) et sa fille de 9 ans ; celles-ci ont été des ambassadrices de charme pour se faire encore mieux accueillir, notamment par l’équipe de l’hôtel.
Ceci mérite d’être mentionné car notre conseil n°1 est le suivant (nous allons rédiger ainsi dans le fil de notre histoire un certain nombre de "fiches conseil" ; charge au lecteur de récapituler et de classer tous ces conseils à son idée) :
J Fiche conseil n°1 :
Eviter de partir seule sans parler anglais : à l’hôpital, il est très précieux d’avoir à ses côtés une copine qui subit le même traitement et avec laquelle on peut partager impressions et communication avec le personnel soignant (nous verrons que ce n’est pas si évident). Il est indispensable qu’au moins une de deux maîtrise l’anglais courant, même si cela ne garantit pas une parfaite communication avec les thaïlandais ! Et puis le temps paraît très long, même à l’hôtel, dans la quinzaine de jours qui suit l’opé... On s’ennuie moins à deux.
Notre récit est donc centré sur ce qui peut être utile de savoir pour toute trans MTF française partant se faire opérer à Bangkok par le Dr Chettawut. Les opérations chirurgicales concernées ici sont la SRS (Sexual Reassignement Surgery, qui comprend notamment la vaginoplastie et la labioplastie), effectuée sur AG et Nat, et le Tummy Tuck (c’est à dire l’ablation du "pneu" de graisse sur le ventre et la tension des muscles qui retiennent l’abdomen) effectuée sur AG seule 12 jours après la SRS.
Mais nous n’avons ni l’une ni l’autre subi de mammoplastie ; nous avons cependant eu le témoignage de quelques consoeurs américaines ou anglaises rencontrées sur place et il nous a semblé que cette opération est la plus douloureuse et pénible. Quand nous savons, comme nous le verrons plus loin, combien sont pénibles, pour ne pas dire douloureuses, les premières 24 heures après le réveil avec une simple SRS, nous avons admiré le courage de nos amies. Cela dit, pour nous, il n’a pas été jugé nécessaire de faire appel à des anti-douleurs de type "morphine", qui sont peut-être automatiquement administrées aux opérées "du haut", et, du coup, ces dernières peuvent aller planer au pays des éléphants roses, ce que nous avons été déçues de ne pas faire, contrairement aux promesses de Dannie ( J )
Pour suivre le déroulement chronologique de notre épopée, nous choisissons d’appeler "J" le jour de l’opération SRS (dans les faits, Nat a été opérée le lendemain de AG). A propos de chronologie, nous nous sommes fait la réflexion, après coup, que le facteur temps joue un grand rôle dans le parcours d’une trans... Des années à attendre le jour J, puis des jours à attendre le retour en France et des semaines à attendre la fin de la cicatrisation... Et, au milieu de tout cela, un espace-temps très particulier, celui des trois premiers jours après l’opération, clouées dans le lit à l’hôpital. D’où le titre de ce récit. Nous en reparlerons.
Déroulement
J moins environ 80 à 120 jours
Une fois prise la décision (encore révocable) de se faire opérer par Chet, prise de contact avec celui-ci. AG a envoyé les premiers mails directement à Chet et en anglais à l’adresse suivante : info@chet-plasticsurgery.com . En fait, surtout si on ne maîtrise pas l’anglais, on peut s’adresser à Dannie (dannie@chet-plasticsurgery.com ) qui sert de médiatrice "officielle" et, très concrètement, peut nous envoyer un devis et autres documents utiles. Finalement, nous avons, par la suite, fait les deux : mail à Chet avec copie à Dannie.
Les premiers échanges permettent de prévoir la date et de connaître le prix en dollars, la manière de le payer et les examens médicaux à effectuer en France avant le départ. La production du certificat de notre psychiatre est officiellement exigée par Chet.
A l’issue de ces échanges, nous effectuons la réservation de la date de l’opération, en versant un acompte de 10% (non remboursable), versé par mandat international (démarche effectuée auprès de notre banque préférée). Les frais de change et de transfert sont variables d’une banque à l’autre. AG a payé 30 euros au Crédit Lyonnais, à la fois lors de l’acompte et lors du solde. Nat a payé 12 euros de frais à sa banque (Crédit du Nord - Banque Courtois) pour l’acompte et 35 € pour le solde.
Notons aussi que la charge réelle en euros dépend du taux de change euro/dollar du jour du transfert. Mi 2006, il était d’environ 1,26 dollars pour 1 euros, ce qui fait par exemple que le prix de l’opération de base, 5 500 $ correspondait à 4 365 euros (environ 28 800 F).
Nous n’avons pas tardé pour réserver les billets d’avion par Internet avec nos cartes bleues, sur www.oppodo.fr. Air Thai semblait la plus compétitive et la plus pratique parce que elle fait le voyage sans escale depuis Paris. Certaines ont trouvé aux alentours de 650 euros... Mais les horaires nous obligeaient à prendre Air France à prix cher pour faire Toulouse - Paris, alors on a choisi Swiss Air (on nous a dit d’éviter les compagnies arabes, pas forcément pro trans...) nous permettant de raccorder avec Easy Jet. Mais avec escale de 1h à Zurich avec changement d’avion, à l’aller comme au retour...
J - 80 à J - 45
Ajustement du tir. Envoi par mail de photos de notre anatomie au Dr Chet afin de vérifier si à première vue nous avons assez de peau ou pas, sur le pénis et le scrotum, pour que cela soit suffisant pour nous construire le vagin et les lèvres. Sinon, nous devons nous attendre à ce que de la peau doive être prélevée ailleurs (sur le bas ventre) ce qui va provoquer un surcoût de 1 800 $ (entraînez-vous à la conversion !). Surcoût que vous aurez intérêt à avoir prévu sur votre compte en banque, banque que vous aurez prévenue avant votre départ, de manière à pouvoir transférer l’argent le lendemain de l’opération si nécessaire).
Vous pouvez décider aussi éventuellement de rajouter la mammoplastie. Nous avons, pour notre part, remis cette opération à plus tard, notamment parce que notre poitrine peut encore évoluer dans les mois suivant l’opération et parce que cette opération peut-être effectuée de façon satisfaisante en France et prise en charge dans le cadre de l’ALD. AG a choisi de rajouter l’opération "Tummy Tuck" (abdominoplastie) parce que son petit ventre en forme de boule l’a toujours insupportée.
J-45 à J- 30
On se fait prescrire par son médecin traitant les examens médicaux demandés par Chet : radio des poumons, electro-cardiogramme, analyses du sang et des urines. Attention, demander à Dannie de vous en fournir la liste en anglais avec traduction française car sinon votre médecin traitant, ainsi que le labo, risque de ne pas comprendre. Et sur place, le Dr Chet vous demandera ce que veulent dire en anglais les résultats rédigés en français par vos labos !
Faites traduire d’avance par un ami si vous ne pouvez le faire vous-même.
Nous avons scanné et transmis par mail les résultats à Chet (les originaux sont à apporter sur place) et comme nous n’avions rien d’anormal, nous ne savons pas les réactions que pourraient entraîner des résultats d’analyse inquiétants...
J - 30
On s’arrête de fumer ... enfin, en principe !
J - 20
On envoie le mandat représentant le solde du prix. Entre temps, Dannie nous a fait parvenir un devis définitif et des documents détaillés en français, signés de Chettawut, décrivant notamment toutes les prestations comprises dans le prix (y compris par exemple le fait de venir nous chercher à l’aéroport). C’est vrai qu’on paye d’avance, mais que faire d’autre ? Demander des Travellers Cheques à l’American Express pour les remettre sur place à Chet (il est d’accord pour cette solution) coûte la peau des fesses (dont on peut en outre avoir besoin pour rallonger le vagin J ). Donc la confiance règne, on peut penser qu’en cas de décommande de dernière minute Chet ne conserverait que l’acompte.
J - 15
On arrête les hormones féminines. Nous n’avons pas ressenti de conséquences particulières. Les seins s’avachissent un peu.. Se faire envoyer par Dannie, si ce n’est déjà fait, le certificat de Chet qui dit que on va pour une opération de changement de sexe en Thaïlande, afin de nous aider à passer les contrôles éventuels de police.
J - 15 à J-5
On fait le voyage France-Thaïlande . Il nous paraît dommage de ne partir qu’à J-5 pour arriver sur place à J-4, décalée et fatiguée. Pourquoi ne pas rentabiliser le billet d’avion en faisant quelques jours de tourisme avant l’opé ? Pour notre part, nous avons décollé de Toulouse à J-9. Easy Jet nous a débarquées à Orly à 13h30 , heureusement qu’un ami est venu nous chercher pour un déjeuner au quartier latin, puis nous avons récupéré le RER à Luxembourg qui nous a déposé direct à Roissy terminal 2 à 17h (pour un décollage à 20h). Sauf que depuis la gare RER de Roissy jusqu’au hall pour Bangkok c’est un jeu de piste mal fléché, qui nous oblige à prendre un bus pour terminer vraiment le parcours. Mais nous sommes joyeuses !
Pas de queue au premier guichet de la Swiss Air, pas de problème pour échanger là nos "billets internet" contre des cartons plus sérieux. Pensant avoir trop d’avance, nous nous prélassons dans un de ces bistrots si authentiques d’aéroport qui ont oublié de diviser les prix par 6,57 en passant à l’euro.
Nous finissons par nous présenter aux portiques de police et douane, passeports en main. Nat, dont même le prénom masculin est utilisé par des filles et qui s’est faite faire un passeport avec sa photo de femme dessus, passe comme une lettre à la poste (sans accusé de déception). La gigantesque AG (1,91m), toute en femme elle aussi mais, avec son passeport comportant un prénom tout ce qu’il y a de masculin et une photo ... tout juste androgyne, perturbe le neurone du douanier qui s’endormait dans son bocal. Elle doit lui coller sous le nez le certificat de l’équipe médicale de Toulouse et la lettre de Chet. Le cerbère laisse tomber.
La victoire est à nous !
Non. En fait il y a déjà une queue monstrueuse devant les deux pauvres guichets d’embarquement de Swiss Air, dont les tapis roulants sont en panne ! Il faut quand même déposer ses valises dessus pour le pesage et les reprendre pour que des employés stressés (le comble pour des Suisses), utilisant des caddies de fortune se coltinent les valoches en courant vers une destination improbable... De plus il s’avère que la file qu’on a astucieusement choisie comme étant la plus courte est réservée à la "business class". On a tout faux. On arrive donc quasi derniers au bout d’une heure, dans une ambiance de jour de grève à St Lazare, et là, nouvelle facétie de AG ! Elle a un surpoids de bagage ! 27 kg alors que nous apprenons que celui-ci est limité à 20 kg par personne ! Première nouvelle. Du coup, elle ne peut obtenir l’attribution d’une place qu’en allant payer le supplément au guichet voisin. Heureusement la pauvrette ignore ce qu’elle encourt sinon elle tomberait en pamoison : 50 euros par kilo supplémentaire !! Tout ça notamment parce qu’elle a acheté une nouvelle valise sansonite très maniable en prévision de son état de quasi grabataire au retour, mais qui doit à elle seule prendre 25% du poids ! Et tous ces bouquins...
Mais au guichet fatidique un bon et un mauvais événements surviennent pour AG : le mauvais, c’est que son passeport ayant été transmis au guichet de paiement, on n’arrête pas de l’appeler haut et fort "monsieur" (dans l’indifférence générale, d’ailleurs). Stoïque, elle encaisse, profil bas... Est-ce cela qui déclenche le bon événement ? La jeune femme préposée à la facturation des surpoids lui demande si elle a un bagage à main. La réponse est non. Alors la jeune femme, contemplant l’air lunaire de ce "monsieur", fait cadeau de l’ardoise ! Ce n’est qu’à ce moment que AG réalise qu’elle aurait pu être taxée de 350 euros ! Bien sûr elle n’obtient pas de place dans l’avion à côté de la famille Nat et en outre devra redemander une place à Zurich... Grr !
Mais qu’importe ! L’avenir est radieux !
Enfin, tout le monde se rejoint dans une salle d’embarquement ressemblant à un tube géant en celluloïd. Les engrenages suisses ne fonctionnent plus, les employés suisses speedent, mais les avions suisses partent à l’heure ! Ben, non. De même que le sous-marin belge craint l’eau, l’avion suisse craint l’orage. Ô désespoir ! Et un orage, il y en a justement un qui se promène au dessus de Roissy en cette belle soirée d’été, prêt à nous débarrasser de la chaude piste (que nous n’avons pas attrapée, pourtant...). Alors, une voix suave nous annonce que l’on ne décollera que dans une heure ou deux ! Et quid de la correspondance pour Bangkok ? Nous nous replions vers un coin fumeur où deux ukrainiens, marins de surcroît, nous offrent un gorgeon de whisky américain... quel dépaysement, ces voyages ! Enfin on nous embarque, et pour nous achever définitivement, l’on nous sert pendant le vol des sandwichs auprès desquels ceux de notre vénérable SNCF feraient figure de délices de chez Fauchon ! A Zurich, l’avion pour Bangkok a eu la délicatesse de nous attendre et nous y sommes transférées à vitesse ... éclair. Nous sommes presque déçues d’être privées d’un nouvel avatar. Un transfert en bus à l’aéroport de Genève en pleine nuit nous eut diverties.
Bien entassées dans l’avion qui sent déjà la bête en cage, nous nous apprêtons à vivre l’exaltante aventure de la traversée de l’Asie, à la conquête du Graal de notre féminité. Une dernière épreuve initiatique nous attend : la compagnie semble avoir préparé des plateaux repas destinés à faire faire le test grandeur réel par les passagers de l’utilisation des sacs à vomir. On a de la chance, on échappe au test des gilets de sauvetage dans le lac Léman. Nous tombons dans une hébétude ankylosée jusqu’à l’atterrissage. A ramasser à la petite tuyère, nous nous laissons emporter par le flot des voyageurs jusqu’au contrôle des passeports et de l’immigration. Espérant que cette fois-ci on la prendra pour une fille de grande Thai, AG passe en tête mais tel le sphinx devant Œdipe, le hibou jaune derrière sa guérite lui demande : nom et adresse de votre hôtel à Bangkok ? Gloups, se dit-elle en thaïlandais (ce qui est très difficile), il est quelque part au fond de ma valise sur un mail de Chet. Derrière elle, l’effarement gagne la tribu Nat qui n’a pas non plus l’info. Finalement AG indique un nom d’hôtel bidon avec une adresse bidon (elle a étudié le plan de Bangkok et se souvient de quelques rues) et Nat donne l’hôtel sans l’adresse. Nous passons (une obsession, chez les trans) !
Nous récupérons nos valises qui n’ont pas perdu notre trace (bon point pour les Suisses), et nous sortons... évidemment du mauvais côté de l’aéroport.
Nous retrouvons la bonne sortie, où flotte au dessus de la foule une petite pancarte "Anne-Gaëlle et Natacha".
Nat croit que AG se met à crier : "terre !", telle une naufragée apercevant la côte. En fait, c’est Tair, la femme de Chet, qui est là en personne, ainsi que Nout, son infirmière en chef. Dehors, une chaleur moite. Nous nous répartissons dans deux taxis climatisés qui nous mènent par des voies rapides semblables à toutes les voies rapides du monde, dans un paysage périurbain médiocre où la seule originalité est la taille gigantesque des panneaux publicitaires ...
Cher lecteur (trice), nous ne vous aurions pas infligé le récit de toutes ces tribulations aeroportuesques, s’il n’y avait quelques leçons à en tirer, ce qui fait l’objet de notre fiche conseil n°2.
J Fiche Conseil n°2
Vérifier le poids des bagages autorisé et les peser avant de partir, en tenant compte de l’existence d’un bagage cabine ou non.
Ayez la justification de votre état de trans sous la main.
Attention aux objets jugés dangereux, ciseaux ou autres dans vos bagages cabines. Ainsi, la femme de Nat s’est faite confisquée un ... tire bouchon !! Et depuis les derniers attentats, même votre dentifrice ou votre liquide pour lentilles de contact peuvent vous être confisqués !
Il n’est jamais trop tôt pour s’enregistrer et réserver sa place : avec un peu de chance et de persuasion, vous obtiendrez un siège sur le première rangée de la classe éco, là où on peut allonger ses jambes. Choisissez un Boeing 747 de préférence.
Un coussin gonflable pour tenir la tête pendant le sommeil peut améliorer grandement le confort, ainsi qu’un masque sur les yeux et des boules quiès. Et pourquoi pas un petit bout de somni ? (à défaut de chichon). Ce qui compte, c’est de préserver ses forces.
Noter les coordonnées de son hôtel à Bangkok pour l’indiquer sur le formulaire d’immigration.
J - 8 à J-4
Journées acclimatation et tourisme. Nous avons pu, au cours de ces quelques jours, faire quelques explorations de notre environnement immédiat et même un peu à l’extérieur de Bangkok, en taxi ou par des "circuits" organisés.
L’hôtel Baan Siri Rama Palace (www.bangkok-hotel.com) est situé dans la banlieue est de Bangkok, au nord-est d’une zone dite "Bangkok Metropolis", près de l’intersection du boulevard Thanon Pattanakarn (qui va d’ouest en est) et du boulevard Thanon Sri Nakarin qui a une direction Nord - Sud.
Mais les taxis ne le trouvent pas forcement facilement ! Il faut dire que les chauffeurs de taxi n’ont pas l’air de maîtriser la taille de leur ville ni l’art de lire des plans. Il nous est arrivé que le chauffeur téléphone au lieu de destination pour savoir comment le rejoindre, ou s’arrête demander à un copain... Evidemment ne comprennent rien de notre anglais de cuisine. Heureusement peu chers : la plupart des trajets entre 60 et 100 baths. Négocier le prix à l’avance si on pense qu’on part un peu loin. Cette zone de la ville est sans aucun intérêt, les terrains vagues le disputent à des immeubles dont beaucoup ont l’air d’avoir fait la guerre, le trafic est incessant, l’air pollué. L’espace aérien à proximité de l’hôtel est zébré de câbles électriques tissant presque une toile entre nous et le ciel. Les pylônes et leurs bras crucifiés imposent leur ordonnancement de fer à tout ce qu’il y a autour...
Le quartier de l’hôtel est coupé en deux par la grande artère Pattanakarn qu’on ne traverse que par des passerelles. Le long, quelques petits commerces. Ainsi, à 50 mètres à gauche de la sortie de l’hôtel (l’hôtel est heureusement situé en retrait de cette artère et entouré de verdure), on trouve un distributeur bancaire, sans problème pour retirer des baths avec la carte visa, et une supérette pour quelques produits ordinaires.
L’hôtel lui même comporte une grande bâtisse de 10 étages, vieillissante mais au standing très acceptable. Le personnel est, évidemment, souriant et agréable. Les chambres, avec salle de bain sont très spacieuses, impeccables, refaites chaque jour. Les vues donnent sur l’univers déprimant décrit plus haut. Mais on n’est pas venu pour ça, n’est ce pas ? Et puis Chet a négocié un prix pour ses protégées : 800 baths par jour au lieu de 1 600 ! Il faut compter 100 à 150 b pour le petit déjeuner. Taux de change approximatif : 1 euros = 50 baths. Il y a un service de pressing-lavage efficace et pas cher qui vous rapporte l’après midi le linge sale laissé dans la corbeille le matin.
Un petit défaut à signaler : les chambres sont munies d’un éclairage très faible sans doute pour des raisons de puissance du réseau qui doit sauter souvent (à en croire les lampes à piles prévues dans les chambres et les couloirs et l’ascenseur). Il y a un néon au dessus du "bureau", 1 ou 2 lampes et un lampadaires munies d’ampoules de ... 25 watts ! Lugubre, presque impossible de lire au lit. Ni une ni deux, la mère AG est allée, non pas escalader le pylône d’en face, mais acheter des ampoules de 60 et 100 watts au coin de la rue (au grand effarement du vendeur qui devait la prendre pour un incendiaire) et l’ambiance s’est ragaillardie. Mais chut ! Faut pas que tout l’hôtel le fasse !
Et puis, les chambres ne sont pas câblées pour l’Internet. Mais des ordinateurs et prises sont accessibles dans un coin du hall d’entrée (100 bath de l’heure, mais le débit n’est pas toujours au rendez-vous).
A ce sujet, nous avions des ordi portables que nous pouvions connecter dans le coin Internet, au lieu d’utiliser les ordi en place avec leurs claviers pas "azerty". C’était plus confortable pour recevoir les mails, mais pas utilisable pour en envoyer, sauf à paramétrer outlook via le serveur local. Bref, nos ordi nous ont surtout servi à écouter nos audiothèques... et ils ont pesé lourd dans les valises. Quant à écrire ses mémoires une fois opérées, c’est limité par le fait qu’on ne peut pas s’asseoir. Donc on peut s’en passer. Peut-être emporter un clavier azerty.
Il y a une autre sorte de logement possible : dans un bungalow. L’hôtel a en effet aménagé son terrain en créant quelques allées bordées de bungalows en bois (on les voit sur l’image du site Internet). L’idée nous avait effleurées de choisir cette formule, mais nous avons visité dès notre arrivée et nous avons trouvé que le bungalow qu’on nous offrait était sombre, sentait le renfermé et l’humidité. Nous avons abandonné. Bien nous en a pris car à la saison où se situe ce récit, juillet, il y a au moins une pluie par jour, souvent diluvienne et instantanée. Dans la période post-op, on a besoin que tout soit le plus près possible de nous ou même qu’on vienne nous porter les repas. Pas le moment de jouer à Robinson (qui se crut Zoée, pourtant).
Le restaurant.
C’est une grande salle, style années 50, où une estrade et une piste de danse occupent la moitié de la surface. Autour, tables spacieuses, nappes, fauteuils, moquette, baies vitrées. Un standing à l’anglaise. Les horaires sont très souples. Tous les soirs, il y a la présence d’un pianiste-chanteur et/ou d’un violoniste, mais le son est trop fort et le répertoire souvent suranné. On en est vite saturé... ou alors parfois sous le charme. Certains soirs le public est invité à karaoker, c’est un lieu adapté à des banquets et anniversaires. Le pianiste est un ami, si vous aimez jouer d’un instrument ou chanter, il en sera ravi Vous pouvez répéter avant de partir.
La bouffe :
ceux qui aiment la cuisine asiatique épicée vont trouver leur bonheur dans une très grande variété de plats. Pour les autres, ça devient rapidement déprimant. Après quelques tentatives de s’ouvrir à la culture culinaire de l’extrême orient, (on est ouvert, n’est ce pas), les plus téméraires ont les intestins qui se délitent, les autres ont commencé à se retrancher dans le dernier carré des quelques plats mangeables à leur goût : poulet (industriel) frites, canard (très) grillé, poisson (correct) grillé, omelette (ouais...), spaghettis bolognaise (acceptables), riz vapeur (pas salé) ou cantonnais (bon), consommé (avec les consommés ou soupes, on vous sert un petit pain rond, mou et industriel, et du beurre). Il y a aussi du steak, mais en dépit de nos dictionnaires et de nos talents de mimes, nous n’avons jamais réussi à leur faire comprendre ce qu’est un steak saignant ! A chaque fois, on nous sert le même morceau de viande uniformément brunâtre, d’autant plus décevant que l’on pressent qu’il pourrait être bon !
Se rattraper sur les desserts ? N’y pensez pas ! Une fois testés les différents colorants chimiques dans lesquels pataugent le "banana split" et trois ou quatre coupes, il vous reste l’assiette de fruits de saison : melon (fade), pastèque, papaye qui a goût de vomi et ananas frais. En fait, si vous aimez l’ananas (en tout cas vous aimez la nana...), ce sera bien souvent le met qui vous servira de complément au petit déjeuner ou au dessert, ou même dans la rue.
Pas de pain. On peut se rattraper sur le vin. Il y a quelques bouteilles présentées à l’entrée, parmi lesquels un petit bordeaux à 900 baths, qui remonte le moral... Du moins lorsque l’on est autorisées à en boire ! Car figurez vous que certains jours sont interdits d’alcool, et évidemment ce sont les jours où on aurait bien envie d’un petit coup ! Bande de transphobes !
Le téléphone.
Nous pouvons utiliser le téléphone fixe à l’hôtel ou à l’hôpital ainsi que nos mobiles.
Pour le fixe, nous ne connaissons pas les coûts facturés par l’hôtel via leur opérateur habituel, mais il y a moyen de téléphoner à prix bas en suivant les conseils de la Goudou, c’est à dire en achetant au coin de la rue la carte prépayée qu’elle décrit, ce qui donne un numéro spécial à composer avant de faire le numéro de votre correspondant. Ca marche aussi avec le mobile, mais la carte s’épuise alors beaucoup plus vite...
Attention : au début, nous avons cru que ça ne marchait pas depuis la chambre. En fait, il faut demander à la réception d’ouvrir la ligne extérieure, que l’on obtient ensuite en composant le 7 (et non le zéro ou le 1). Et puis, on se retrouve bête quand notre téléphone portable nous signale qu’on a un message et qu’on ne peut y accéder depuis l’étranger, faute de l’avoir organisé avant de partir...
Les distractions sur place.
Il y en a peu. Dans les chambres il y a la TV, mais aucune chaîne en français. Des chaînes thaï, véritables caricatures de ce qu’il y a de plus nul dans nos télévisions, une ou deux chaînes de films de cinéma connus, mais en anglais, et la BBC et CNN qui, lorsque nous y étions, se consacraient à 100% au conflit israelo-libanais. En anglais bien sûr. Dans la journée, s’il fait beau, il est possible, avant l’opé bien sûr, de profiter de la piscine, bien entretenue, peu fréquentée, équipée de chaises longues et parasols.
Et puis, il y a les massages. Une annexe de l’hôtel est aménagée un petit institut de massage, où, pour 350 à 500 baths, vous serez accueillies avec raffinement par de douces jeunes femmes qui vous allongeront sur de soyeux matelas entourées de tentures ondoyantes ... et vous concasseront avec des doigts de fer chaque muscle et articulation de vos membres, n’hésitant pas à vous monter sur le corps pour tordre un peu plus une épaule ou une hanche.
La partie de catch terminée, vous ressentez la douce euphorie de ceux qui sont passés sous un rouleau compresseur et vous vous dites : "j’ai bien fait de venir, maintenant je me thaï".
La famille Nat, prise d’une crise de masochisme y est allée deux ou trois fois. AG a suivi une fois : ses pieds dépassaient de la cabine, la masseuse n’avait pas les bras assez longs, mais elle a bien ri (jaune).
Il y a aussi un salon où se déroulent des leçons de danse. Enfin, si vous voulez élever votre esprit au dessus des triviales agitations de votre entourage, vous pouvez trouver refuge dans un adorable petit kiosque tout en bois, au milieu d’un bassin d’eau. A l’abri des regards derrière les claustras, vous y méditerez face à une statue de bouddha.
Au final, ce sont les rencontres avec des consoeurs venues d’autres pays (essentiellement Grande Bretagne et USA) qui vont apporteront le plus... si vous parlez anglais ! Nous avons eu de très bons contacts avec plusieurs, les plus sympa autour de notre bouteille de bordeaux (les jours fastes).
Nous nous sommes rendu compte à travers nos différents contacts que c’est une très bonne idée d’apporter avec soi des photos ou magazines montrant notre ville, notre région. Nous en avions quelques unes mais nous avons regretté de ne pas avoir avec nous une sorte de mini reportage sur notre environnement français. C’est tellement différent de la Thaïlande !
Les excursions hors quartier de l’hôtel.
Vous aurez certainement parcouru certains guides et aurez votre petite idée.
Pour aller dans le centre de Bangkok le mieux est d’aller en taxi jusqu’à la plus proche station du RER (les gens de l’hôtel vous expliqueront), lequel est aérien et climatisé. A cette station se trouve d’ailleurs une galerie marchande moderne avec une grande surface type Carrefour comme chez nous (on y trouve tous les produits d’hygiène et de cosmétique notamment.) et un Mac Do... C’est dire si c’est civilisé !
Pour notre part, nous n’avons pas voulu entamer des parcours trop aventureux et fatigants avant notre opé . Nous avons trouvé à l’accueil de l’hôtel un catalogue d’excursions et nous en avons faite deux que nous ne regrettons pas :
le première a été un tour sur les canaux de Bangkok, pour 1000 baths par personne. Etant quatre, nous avons été conduites pas minibus avec une guide (parlant anglais) à travers Bangkok jusqu’à l’embarcadère. Nous avons eu droit à un détour par le quartier chinois. Grouillement impressionnant... Puis une grande barque couverte, emportant une trentaine de personnes, nous a emmenées sur le fleuve et à travers un dédale de canaux le long desquels se sont établies toutes sortes de populations. Beaucoup de bicoques sur pilotis, croulantes au dessus d’une eau glauque dans laquelle circulent quelques lézards géants comme des crocodiles ! Quelques petits palais aussi... Puis nous avons été transbordées sur un bateau plus gros sur lequel nous attendait une grande table de dégustation de multiples fruits, arrosés de whisky si nous voulions ! Belles vues sur le centre ce la ville depuis le fleuve. On est reconduites devant notre hôtel. Bref, une ballade sympa pour faire rapidement connaissance avec Bangkok.
la seconde a été une visite de la "ville ancienne". (prix 1200 b par personne).
Il s’agit d’un immense parc situé à 30’ environ de l’hôtel, aménagé depuis 1963 grâce au financement du concessionnaire local de BMW, pour recevoir un spécimen de tous les éléments du patrimoine architectural de la Thaïlande, en modèle un peu réduit si nécessaire. C’est très bien fait car les bâtiments sont vraiment reconstitués à l’identique, depuis la ferme jusqu’au palais du prince en passant par le marché flottant. En quelques heures, avec un guide compétent, nous nous plongeons dans l’univers historique thaïlandais. Là aussi, mini bus pour nous toutes seules, depuis l’hôtel lui-même. On ne prétendra pas qu’il ne vaut pas mieux parcourir vraiment le pays, mais dans notre cas, c’était l’idéal.
la troisième a été une visite du "week end market" . Il est situé au nord de Bangkok, à l’autre extrémité de la ligne de RER. Il s’agit d’une sorte d’immense "souk" : en dehors de quelques allées principales, on circule comme des rats dans des sortes de coursives desservant des centaines d’échoppes vendant ...99% de marchandises merdiques pour touristes. Les tenues de combat GI’s font fureur ! Il faut dire que la Thaïlande a été le "repos du guerrier" des troupes américaines. Pathétique... Enfin, c’est ce qu’on en a vu en y suffocant tout de même pendant deux heures ! Une curiosité : la vente d’animaux. Chiens, lapins, oies, souris, serpents...et les produits qui vont avec ! dont des gilets pour chiens à l’effigie des champions de foot, des gilets pour lapin (mais nous n’aurons plus besoin de couvertures pour lapine, hi-hi !). On n’a pas trouvé de pantoufles pour mille pattes, étonnant, non ?
la quatrième a été la découverte d’un immense centre commercial, "TESCO" à quelques kilomètres de notre hôtel. A vrai dire, ni Nat ni AG n’y sont allées mais la femme de Nat a mené plusieurs missions de reconnaissance dont elle est revenue les bras chargés de tout ce qu’il faut pour encombrer vos amis au retour avec d’authentiques babioles. On y trouve notamment tout ce qu’il y a au week end market, en plus cher mais acquises à moindre effort, dans la fraîcheur et payables par carte bleue. Et puis, des montagnes de sacs, de chaussures, de fringues (de petite taille) à des prix dérisoires par rapport à la France. Faire du shopping en Thaïlande, c’est bath !
Ensuite libre à vous d’aller au hasard au centre ville. On l’a fait aussi. Mélange de centres commerciaux luxueux et d’échoppes faméliques. A voir une fois...
Au terme de ces passionnants développements sur la vie culturelle thaïlandaise, nous pouvons rassembler les quelques conseils suivants :
J Fiche conseil n° 3
ayez toujours sur vous l’adresse de l’hôtel avec le mini plan que vous remettra l’hôtel lui-même, afin d’aider les chauffeurs de taxi à vous ramener.
choisir une chambre, pas un bungalow.
n’oubliez pas votre maillot de bain ... avec votre pareo pour ne troubler personne.
emporter des photos de votre lieu de vie, de votre région. Une mapemonde... (à piquer dans le magazine fourni dans l’avion)
attention aux climatisations : dehors, grosse chaleur humide, et, dans les taxis, métros, et centres commerciaux, quelquefois froid polaire ! Ayez toujours avec vous "une petite laine" au cas où. On n’est pas venu pour se faire opérer des amygdales !
mettez en place avant de partir avec votre opérateur de téléphone la manière dont vous pourrez consulter vos messages téléphoniques depuis la Thaïlande.
pas vraiment nécessaire d’emporter un PC portable en vue de surfer sur Internet.
J- 4
Rencontre avec le Dr Chettawut et son équipe. On a situé à J-4 mais ça se passe en fait dès le lendemain de votre arrivée si possible.
Le dispositif Chettawut
L’organisation de Chet nous a semblé pouvoir être décrite de la manière suivante : le Dr Chet est un praticien privé, expert en "chirurgie plastique et reconstructive", qui a ouvert une "clinique", sur une avenue non loin au sud de l’hôtel. En fait, c’est cabinet aménagé avec raffinement sur deux étages, et doté d’une petite salle d’opération dans lesquels il peut effectuer certaines interventions légères (liposuccion...).
Pour les opérations plus lourdes, il loue les plateaux techniques (salle d’opération, chambre, anesthésiste et autres spécialistes et infirmières) d’un l’hôpital privé, au coup par coup, en fonction des opérations qu’il a à effectuer (2 à 3 par semaine, mais pas seulement SRS et seins, mais aussi de la chirurgie faciale).
Il a passé un accord avec deux hôtels, dont celui dans lequel on est allé, qui logent ses patientes à tarif préférentiel. La durée du séjour à l’hôpital est donc réduite au minimum nécessaire et suffisant. L’ensemble de ce dispositif, et les prix thaïlandais, contribuent à ce que les prix pratiqués par Chet soient très compétitifs comparés aux prix pratiqués par nos pays "développés"... Il y a donc 3 pôles géographiques et 3 équipes d’organisation (clinique, hôpital, hôtel) pour notre prise en charge globale, ce qui peut susciter quelques petits problèmes de transmission des informations. Nous en avons fait l’expérience (sans gravité).
L’équipe de Chet semble se composer de 5 personnes principales :
le Dr Chet lui-même : son apparence et sa voix sont douces et réservées. Il ne parle que s’il y a quelque chose à dire.
Tair, son épouse et son "bras droit". Petite et douce, elle parle quelques mots de français, ayant fait un an de stage à Paris dans sa jeunesse.
Nout, l’infirmière, jeune femme de 35 ans, formation hospitalière, depuis 8 ans dans l’équipe. Très douce et gentille aussi.
Djung, une autre jeune et gentille infirmière
Jun, un jeune homme, sans doute apprenti-médecin lui aussi.
Sans oublier le chauffeur de Chet et sa limousine, bien utile pour nous transbahuter d’un lieu à l’autre et vers aéroport.
Or donc, dès le lendemain de notre arrivée, le chauffeur vient nous chercher le matin à l’hôtel et nous conduit à la "clinique" : nous sommes un peu décontenancées de découvrir que, extérieurement, la dite clinique à l’air d’une échoppe, coincée entre une quincaillerie et une épicerie, sur une artère passante et plutôt populeuse. L’intérieur en revanche est un petit cabinet médical, très classe. Nous remplissons d’abord des formulaires administratifs et l’on nous fait signer un papier écrit en anglais qui en gros signifie qu’on a bien pris connaissance des conditions et risques de l’opération. C’est toujours désagréable de signer des documents sans savoir précisément ce à quoi on s’engage.. Il va falloir que Dannie prévoie des traductions... Ce sera pire à l’hôpital car on signera des formulaires rédigés en thaï et non encore remplis !
Puis le Dr Chet nous reçoit dans son cabinet, petite pièce sans fenêtre mais cossue. Il nous fait déshabiller, nous allonger, nous mettre debout. Une frêle et gracieuse jeune fille nous tient la zigounette (ce qui représente parfois pour cette dernière la dernière cigarette du condamné) pendant que le maître mesure, évalue, et photographie son prochain chantier. Après quoi il passe à l’examen de nos dossiers médicaux, de nos analyses, en demandant éventuellement que l’on lui traduise les petits commentaires que nos labos ont joints à nos analyses. Donc les faire traduire par avance si possible.
Retour au secrétariat.
L’assistante nous présente alors une trousse fleurie "mémére", dans laquelle se trouve le lot des quatre "bougies" qui nous serviront ensuite pour nos dilatations. Ce sont des tubes de plexiglas transparents comme du cristal, arrondis à un bout, évidemment. La mention en très gros du site internet de Chet en fera un superbe objet publicitaire très esthétiques sur un bureau. Ca met en appétit. On nous demande si on veut les acheter au prix de 100 dollars.
Hésitation en pensant aux bougies que l’on a dans le placard de la cuisine et qui pourraient très bien faire l’affaire, mais celles-ci sont tellement belles que l’on craque. Mais il n’accepte pas la carte visa. Il faudra verser les baths plus tard si l’on n’a pas déjà du change.
On nous donne la fiche du régime alimentaire que l’on doit suivre de J-3 à J, et les médicaments qui vont avec. Nous allons en reparler. Salamalecs, salutations et retour avec le chauffeur à l’hôtel.
J-3
On est à l’hôtel, on fait tu tourisme si l’on veut, mais l’on respecte le régime alimentaire prescrit qui, sur trois jours, vise à nous vider et nous nettoyer entièrement le tube digestif.
Ce premier jour de diète, nous avons droit à de le soupe, des céréales, des fruits, des crèmes et yaourts. Au petit déjeuner, on se met à espérer que les toasts sont considérés comme des céréales. Las, il n’en est rien. Rabattons nous sur les corn flakes, ordinaires ou au chocolat, et une assiette de fruits...
Au déjeuner, le mieux c’est d’avoir prévu le coup et rempli le frigidaire de la chambre avec des yaourts de son goût, que l’on trouve assez facilement dans les épiceries environnantes.
Dîner, ben la même chose ! Un coup de rouge ? Pourquoi pas... Curieusement, on dirait que notre corps sait qu’il doit se mettre la ceinture et l’on n’a pas vraiment faim.
J-2
Idem que J-1 sauf que le soir on prend la pilule laxative le soir. On peut dépenser le reste de son énergie et de ses baths dans les activités de son choix. Mais prudence, pas le moment de se casser une jambe ou d’attraper une insolation.
J-1
La pilule de la veille ne nous a pas provoqué de coliques pendant la nuit. Simplement, le matin, nos selles sont liquéfiées. Aujourd’hui, on ne peut plus prendre que du liquide : exit les céréales.
Dans la matinée, on se fait un lavement avec la poire remplie toute préparée qui est dans notre paquetage. Ca fait pas mal, mais on ne tient pas deux minutes avant de se précipiter sur les WC faire la vidange.
En fin de matinée, on doit avaler la moitié d’un flacon de purge liquide incolore qu’on nous a donné. Ca peut s’avaler en quatre gorgées, mais celles-ci s’avèrent chacune une véritable épreuve tant le goût salin vous soulève le cœur dès qu’il parvient au fond de notre palais !
Nat a été moins écoeurée, AG a avalé de travers et failli s’étouffer, et toutes les consoeurs gardent un souvenir "ému" de cette dégustation. Conseil de Nat :
essayer cul sec avec eau à portée de main pour se rincer le gosier. Et, en fin d’après-midi, on remet ça, en vidant l’autre moitié de flacon. Berk et berk ! L’effet est que l’on a assez souvent envie d’aller sur le trône.
Il faut prévoir la restitution de la chambre d’hôtel puisque l’on va passer au moins 4 jours à l’hôpital, donc faire sa valise.
Il peut être suggéré de n’emporter à l’hosto qu’un petit bagage et de laisser le reste dans une valise que l’on peut laisser à une copine qui aura une chambre à l’hôtel pendant ce temps.
JOUR J !!!
après une veillée d’armes éventuelle dans le petit temple de bouddha, vous avez dormi du sommeil du juste.
dernier verre d’eau avant 7h.
le chauffeur de Chet arrive entre 9h et 9h30.
vingt minutes après un parcours sur les voies rapides, débarquement dans le hall du Piyavate Hospital, qui ressemble plus à celui d’un grand hôtel de luxe qu’à un CHU à la française.
remplissage du formulaire d’admission en anglais et en thaï, passeport nécessaire, signature éventuelle de l’autorisation de l’épouse, contrôle du pouls, de la température et du poids (c’est là qu’on se félicite de la diète), questions habituelles sur nos allergies et antécédents..
on nous conduit à notre chambre (nous c’était la 1001) au 10° étage. Deux lits, coin salon, frigidaire, cabinet de toilettes avec douche, vue sur paysage urbain.
climatisation. Si on ne la met pas, on a rapidement trop chaud, si on la met on peut avoir de l’air glacé qui vous tombe sur les épaules, or on ne peut enfiler de vêtement à cause de la perfusion. Donc prévoir une sorte de châle si on est un peu frileuse.
bruit. Depuis notre chambre on entendait nettement le bourdonnement de la circulation sur les périphériques. On s’y habitue. Mais si ce genre de bruit, ajouté à celui de la climatisation, (et celui éventuel des ronflements de votre voisine) vous insupporte pour dormir, pensez aux boules quiès.
donc on s’installe, on se déshabille pour enfiler la blouse adéquate, et on vient vous planter une perfusion sur le dessus de la main.
on vous demande de vous débarrasser de tous vos bijoux et prothèses amovibles (du coup AG sera obligée de se refaire percer les oreilles, car cinq jours après elle n’a pu remettre ses boucles). On vous retire même votre vernis à ongles ! AG a échappé à l’inspection de ses pieds mais la belle Nat a attiré l’attention sur sa rutilance et deux jeunettes sont venues avec du dissolvant pour enlever tout ça. Gag : elles se sont escrimées sans succès sur le gros orteil de Nat avant de s’apercevoir que ce n’est pas de l’acétone qu’elle avaient ! Nous, on s’en était tout de suite rendu compte par l’absence d’odeur ! Elles sont reparties en chercher. On a espéré que ce n’étaient pas elles qui étaient chargées de nous administrer les médicaments...
pendant ce temps, deux autres nénettes nous rasent les poils des parties sexuelles (en fait, pour AG, elles ont oublié... Ils ont pas du être contents, en salle d’opé !)
l’anesthésiste passe poser les questions rituelles sur allergies et antécédents et vous annonce qu’on viendra vous chercher à telle heure. Nous verrons qu’il ne faut pas trop y compter.
on va faire un dernier pipi et rendant un dernier hommage à la petite trompe qui jusque là nous a permis de faire pipi debout sans tout éclabousser.
et on attend.... Pour Nat le retard a été d’une demi heure, mais AG a poireauté pendant plus de deux heures et demi sans qu’on lui donne d’explications. Stressant. Elle s’est demandé si sa taille, encore une fois, ne lui jouait pas un mauvais tour : en effet, en fin de matinée, une infirmière était passée pour vérifier si c’était bien vrai que AG mesure 1,91m. Peut-être étaient-ils en train de souder une rallonge à la table d’opération ?
enfin, deux infirmiers arrivent et vont font monter sur le brancard, si haut perché qu’il faut prévoir un marchepied. Mais éclat de rire quand AG grimpe directement.
parcours avec vision des différents plafonds du bâtiment, arrivée dans la salle d’opé, transfert sur la table d’opération, sous les spot-lights. Tout le monde est doux et souriant.
on vous fait mettre sur le côté en position fœtale de manière à vous faire la péridurale et vous endormir par injection. La péridurale ne fait pas mal, mais nous a inquiétées par l’idée que l’on pénètre dans notre colonne vertébrale. Nat a eu la péridurale avant l’endormissement, ce qui lui a donné de l’appréhension. AG a été endormie avant, on ne sait pourquoi. Quant à l’endormissement : vous savez que le produit entre dans vos veines, vous vous dites "je vais résister, pour voir" et ... plouf, rideau !
l’opération doit durer quelque chose comme quatre ou cinq heures...
on se réveille dans une salle de réanimation avec un masque à oxygène sur le nez, pas trop pâteuse, un peu nauséeuse, avec le sentiment qu’on vous a mis une grosse couche en carton entre les jambes, vaguement douloureuse par endroits. On en oublie de crier de joie.
retour à la chambre. On est assez consciente pour parler, téléphoner pour rassurer tel ou tel proche. On sent qu’on aurait envie de bouger, on en a déjà marre d’être sur le dos, mais pas question. Allez, dodo !
J+1
La première nuit, encore sous l’effet des anesthésies, se passe plutôt dans les vaps’.
On a un gros coussin entre les jambes pour les tenir écartées et notre bas ventre est recouvert de pansements et de trois sondes, une pour le pipi, les autres pour vider les humeurs des plaies. Donc des petits tuyaux qui partent dans différentes directions... On nous met des sacs de glace entre les cuisses (Nat n’en a pas eu) pour éviter les oedèmes, sans doute. On a aussi un bout de tuyau planté au dessus du sein droit qui devait être en liaison avec notre péridurale.. Pas spécialement douloureux, tout ça, mais très vite plusieurs sortes de désagréments nous sont apparues :
envie de vomir plus ou moins prononcée, plus ou moins permanente en fonction des personnes. Plus fort chez Nat que chez AG. Ca va durer 18 à 36 heures après l’ope. Pénible. Et difficile parfois d’avoir le temps que les pilules de médicaments soient entrées dans notre organisme avant que l’on dégobille...
douleurs, pincements dans la zone de l’opération, notamment au niveau des entrées des sondes. Pas énormes, mais accrues par nos propres inquiétudes : est ce que c’est normal ? Est ce que tout va bien ?
douleur éventuelle dans la vessie, avec l’impression d’une vessie bloquée pour uriner. Seule Nat l’a ressentie, pendant un moment. C’est normal, ça peut arriver vu que c’est par une sonde que notre vessie se vide automatiquement dans un récipient sous notre lit. Il est recommandé de beaucoup boire (quand on ne vomit plus).
douleurs dans les articulations, dans les muscles, dues à la quasi immobilité. On bénit celui qui a inventé le lit où il suffit d’appuyer sur un bouton pour remonter de dossier ou faire plier le lit en forme de bosse sous les genoux. La qualité du matelas joue aussi : AG s’est aperçue qu’elle avait bénéficié d’un sur-matelas gonflé d’eau qui se moulait mieux aux pressions de son corps, alors que Nat avait un matelas ordinaire. Nat a plus souffert de sa position corporelle que AG : en était-ce la cause ?
douleur dans la gorge : seule AG l’a ressentie. Due sans doute à une intubation. Pas douleur aussi forte qu’une angine, mais ça lui a rendu la première journée encore plus pénible, jusqu’à ce qu’elle obtienne des pastilles pour la gorge. 24 heures après, c’était passé.
douleur éventuelle dans le dos (Nat l’a ressentie) à l’endroit où ils ont laissé un drain pour refaire une péridurale si nécessaire.
déclenchement éventuel d’hémorroïdes dans les jours qui suivent. Nat en sait quelque chose ! AG a senti qu’elle était proche d’en avoir aussi.
Tout cela se déroule alors que beaucoup de personnels de soin défilent à tour de rôle dans notre chambre. En particulier, on nous prend notre tension et notre température plusieurs fois par jour. Il s’agit en majorité de petites jeunes femmes, habillées comme des hôtesses plus que comme des infirmières, tailleurs jupe ou pantalon, avec des couleurs de ton pastel, rose, vert clair, gris, en fonction des spécialités, apparemment. Et il semble y avoir des étudiantes stagiaires, elles viennent parfois à cinq ou six, et toute la journée c’est à un véritable ballet de toutes ces petites souris colorées auquel on assiste.
Non, je vous assure, AG qui écrit ces lignes n’a pas pris de morphine. Ce fut d’ailleurs un peu notre déception : on nous amenait des cachets pour calmer nos différentes maux, mais point de voyage au pays des éléphants roses, comme le laissait espérer notre chère Dannie. Nous ne souffrions sans doute pas assez. Donc si vous voulez de la dope, rajoutez-en dans les gémissements, les filles !
on revoit enfin le Dr Chet, accompagné de ses assistantes.
Mais à un moment, n’ayant aucune nouvelle de Chet, on s’est un peu énervées et on a fait part à Dannie qu’on trouvait cela un peu "léger".
Dannie a convenu que la transmission des informations aux patientes faisait partie des choses à améliorer et l’a signalé à Chet.
Donc Chet nous dit que ça c’est bien passé, qu’il est content. Il regarde le pansement et les tubulures, tâte éventuellement un peu le ventre, et hoche doctement la tête, "it’s OK". En fait, dans la réalité, ça s’est passé avec un jour de décalage entre AG et Nat, on l’a dit.
Il s’avère que pour l’une il avait assez de peau du pénis pour faire le néo vagin, que pour l’autre il a du rajouter une greffe de peau du scrotum, ce qui est chose banale pour lui et qu’il n’a pas eu besoin d’aller chercher une greffe de peau sur le ventre, ce qui aurait coûté 1800 $ de plus. Donc la vie est belle !
J+2
Après une nuit plutôt mauvaise, les maux s’atténuent le jour 2.
C’est là qu’on réalise que l’on ne bouffe pas et que ça va être long.. Eh oui, étant donné qu’on ne peut se lever, pas question d’aliments pouvant susciter des selles. Alors, au petit déjeuner (vers 7h) au déjeuner (vers 11h30) et au dîner (vers 17h30), on n’a droit qu’à un bol de bouillon de soupe assez médiocre, que l’on boit avec une paille pour ne pas se le renverser dessus, et un vers de jus de fruit industriel ou thé froid, en général imbuvable. Régime minceur garanti !
Alors, en cherchant la moins mauvaise position dans la lit, avec le coussin entre les cuisses, la perf dans la main, le temps semble long, très long....Et à la télé, rien en français.
Ah si, un truc pour nous distraire : la toilette.
Deux femmes viennent le matin nous déshabiller et nous frotter doucement avec des gants savonnés et nous rincer. Elles nous mettent même sur le côté pour faire le dos et en profitent pour changer le drap. Puis elles nous tendent notre brosse à dents recouverte de dentifrice, un verre d’eau et un bassinet pour recracher. Après tout cela, on se sent plus fraîches... et une demi-heure a passé !
J+3
On n’a pas très bien dormi... La même chose qu’en J+2 mais en moins mauvais.
Il faut surveiller les infirmières qui confondent parfois les noms en donnant les médicaments. Nous avons réussi à avoir une étiquette au dessus de nos lits avec la mention "Mrs" (Mme) devant nos noms et prénoms, mais lesquels sont ceux du passeport..., mais on leur dit se prénommer Anna et Natacha. De quoi être un peu perdues, c’est vrai.
On s’aperçoit que, même en parlant anglais, on a du mal à se faire comprendre. Les petits personnels ne le parlent pas ou très peu ou ne le prononcent pas pareil que nous. Alors, on nous écoute en souriant, mais on a souvent l’impression de parler à des murs..
Et les journées n’en finissent pas !
On a cette horloge en face de nous, au dessus de la télé, et, entre deux somnolences ou pages de lecture, alors qu’on croit avoir franchi une heure ou deux, on s’aperçoit qu’elle n’a avancé que d’un quart d’heure ! A croire qu’on est dans un autre espace temps ! Ou que la pendule est ensorcelée, d’où le titre de notre récit.
Nos consoeurs étrangères en gardent le même souvenir : cette horloge n’est pas normale ! Certes, on peut méditer sur l’idée qu’on est venue ici pour remettre les pendules à l’heure dans notre vie...
Et l’ensemble du parcours trans ne dure-t-il pas que 20 minutes, si l’on considère que les symboles masculins et féminins sont respectivement 6h10 et 6h30 ? Il se passe quelque chose avec le temps, dans ce voyage... En plus, on est 5h en avance sur la France, ça perturbe nos repères.
J+ 4
Dans la matinée, l’équipe de Chet arrive et nous enlève les pansements et les drains. On appréhende, mais ils le font avec beaucoup de doigté et on ne sent quasiment rien. On nous retire aussi la perf.
Ils regardent au fond de notre vagin, nettoient les suppurations extérieures et disent que tout va bien et que dès qu’on aura fait pipi toutes seules à travers le nouveau parcours de notre urètre, cela voudra dire qu’on peut nous laisser rentrer à l’hôtel.
Quelques heures après, nous faisons notre premier pipi de fille, dont l’effet est de nous arroser les fesses de tous les côtés ! Mais ça fonctionne ! Youpi !
On nous sert un repas plus consistant.
Le chauffeur vient en fin d’après midi et l’on nous descend au parking sur des fauteuils roulants. Nous sommes joyeuses.
A l’hôtel, nous marchons fièrement sur nos deux jambes pour réintégrer nos chambres.
J Fiche conseil n°5
avoir toujours son passeport sur soi, pour les différentes formalités.
essayer de se faire expliquer les documents qu’on signe.
avoir la traduction en anglais des commentaires que nos labos ont fait en nous rendant nos analyses (poumon, cœur, sang, urines..). Surtout s’il y a des trucs particuliers à tenir compte pour préserver note santé.
avoir une fiche en anglais disant à quoi on est allergique, si on a des prothèses fixes ou mobiles (dentiers, lentilles de contacts...), si on a des problèmes de santé particulier à signaler. On vous posera la question cent fois.. Là aussi ça peut être vital si vous avez des problèmes ou traitements particuliers.
à l’hôpital essayer d’obtenir un matelas hydraulique par dessus le matelas normal
divers à emporter à l’hôpital :
. un dictionnaire d’anglais,
. un "châle" à se mettre sur les épaules, sans avoir à l’enfiler, au cas où l’air glacé de la climatisation vous tombe dessus,
. MP3, livre, mots croisés, papier, crayon, coupe ongle, lime à ongles, tricot ..
. pastilles de menthe ou autres,
. petit miroir avec un manche et petite lampe torche que vous pouvez tenir dans la bouche pour regarder votre foufoune et avoir une main de libre (pratique plus tard pour les dilatations, notamment)
. avoir du lait de toilette pour les bébés qui ont la peau des fesses irritée.
. prévoir le risque d’hémorroïdes, surtout si l’on y est sujet.
Jour J + 5
Première journée de repos dans la chambre.
On doit se tenir couchées le plus possible, avec les jambes écartées et la foufoune à l’air. Nous ne saurons que cinq jours plus tard, c’est un oubli de la part de l’équipe Chet, que l’on peut accélérer le séchage de la plaie avec un séchoir à cheveux, que l’hôtel nous prête gracieusement à la demande.
Le matin, l’équipe Chet vient gentiment nous montrer comment faire nos dilatations.
Cela revient à s’allonger sur notre lit, à trouver l’entrée de notre vagin et à y enfoncer le tube en plexi le moins épais parmi la collection des 4 reçus. Pour ce faire, on recouvre le tube d’un préservatif sur lequel on rajoute une bonne couche de gel.
On doit enfoncer jusqu’à la graduation correspondant à la longueur de notre vagin, indiquée par Chet, qui est différente pour chacune.
De même, la durée de la dilatation et la progression de la taille des godes au fil des jours seront différentes selon le type de greffe qu’il a faite. Ca ne fait pas mal. Le miroir et la lampe sont indispensables. Nous voilà dépucelées !
Il ne nous reste plus qu’à prendre notre femelle en patience (on ne dit plus mâle en patience) et à passer nos journées à lire et bavarder, nous faisant monter nos repas.
J+6 et J+7
Deux jours sans sortir de la chambre. Là encore, on attend... le jour où l’on pourra la quitter ! On se fait livrer les repas dans la chambre et notre accent anglais approximatif occasionne parfois des livraisons imprévues, sources de fous rires.
La femme et la fille de Nat sont rentrées en France, comme prévu, à ce moment là. Cà a provoqué un drôle de vide dans notre environnement...
La femme de Nat a découvert à cette occasion qu’il fallait payer 500 Baths en liquide à l’aéroport pour une taxe d’embarquement. Personne encore ne nous l’avait signalé...
J+7 jusqu’au départ, soit J+22 environ.
On peut aller au restau du rez de chaussée et au coin Internet, à condition de trouver le moyen de poser ses fesses sans avoir mal. Chacune sa méthode. Nous avions acheté des "bouées" avant notre départ (en pharmacie, 45€ environ). AG avait caché sa bouée dans un sac et s’asseyait souvent dessus (mais ce n’est pas la panacée). Ca convenait moins à Nat qui était assez souple pour prendre des poses acrobatiques.
A part çà, rien a faire. Le temps passe moins lentement qu’à l’hôpital, mais c’est long quand même. Heureusement, nous avions deux chambres communicantes. C’est très important car ainsi, en laissant la porte ouverte, nous avions à la fois un espace privatif et un moyen de nous synchroniser naturellement dans nos activités. Pas pareil que quand il faut aller frapper chez la voisine pour savoir ce qu’elle fait.
Je pense (AG) que cette période a été à la fois pénible et agréable. Nous aimions nos petits déjeuners du matin, qui se transformaient en "café philo" car nous nous sentions inspirées pour méditer sur la nature humaine. Nous étions prises en charge. On était contentes de rencontrer des copines étrangères, souvent très sympa.
Chaque jour, certaines arrivaient, d’autres partaient.... Mais le mal du pays nous prenait en regardant le ciel chaque jour plus gris sur un paysage désespérant, ou bien lorsque rien ne nous faisait vraiment envie sur la carte du restau...
Côté soins :
Nout ou d’autres membres de l’équipe sont venus nous voir chaque jour (sauf dimanche) pour voir comment nous nous y prenions pour nos dilatations, nettoyer nos cicatrices.
Cependant, nous nous sommes aperçues progressivement que les Thaïlandais sont des adeptes des consignes non écrites et des méthodes floues (et des horaires non respectés). Si nous ne posons pas de questions, on ne nous explique rien. Et quand on pose deux fois la même question, on n’a pas toujours deux fois la même réponse... Notre esprit cartésien et méthodique en est un peu perturbé.
Le dernier jour, un autre membre de l’équipe est venu et a dit à AG que elle n’appliquait pas les bonnes consignes. AG a demandé qu’on appelle Chet et celui-ci a confirmé que c’est AG qui avait raison.
Ce qui prouve qu’il n’y avait pas de "fiche de suivi" de la patiente pour savoir les soins à donner.
A un autre moment, Nat a été prise d’une crise d’hémorroïde très douloureuse. L’équipe a fait livrer des suppositoires... à une autre chambre et on a perdu un jour. Cette hémorroïde a pourri véritablement les derniers jours du séjour pour Nat, au point qu’elle se demandait si elle serait en mesure de tenir 12h assise dans un avion... Heureusement, l’équipe lui a délivré une crème antidouleur super efficace, réservée aux hôpitaux.
Un ou deux jours avant notre départ, le chauffeur vient nous chercher pour un examen complet par Chet dans sa clinique. Il examine tout sans autre commentaire que "OK" ce qui est déjà bien. Mais il faut lui arracher les explications que l’on souhaite. Il s’y prête volontiers, mais il ne l’aurait pas fait de lui-même. Il nous promet des consignes écrites par mail. Nous les recevrons effectivement quelques jours après notre retour, mais c’est une fiche-type écrite en anglais qui nous donne encore d’autres consignes que les consignes orales données par Chet !
Jour J+ 12 Spécial Tummy Tuck
Dans ce parcours, 12 jours après la SRS, AG est repartie à l’hôpital pour une abdominoplastie ("Tummy Tuck") . Le principe est de découper la peau du bas du ventre d’une hanche à l’autre, d’enlever la graisse sur le ventre et de faire des plis dans certains muscles, puis de les coudre pour les retendre...).
AG est arrivée en fin de matinée, a été opérée l’après midi, retour en chambre en fin d’après midi. Elle a eu droit a la péridurale, cette fois ci avant d’être endormie (elle a eu l’impression de n’avoir été que légèrement endormie). Elle n’a pas souffert, même le lendemain. Du moins pas de ses cicatrices. Mais elle a eu de pénibles démangeaisons impossibles à gratter : elle a obtenu des pilules antidémangeaisons. Et puis, elle s’est retrouvée face à la pendule maudite ! Heureusement, elle a été ramenée à l’hôtel dès le surlendemain, avec pour seule contrainte de vivre pendant un mois avec une ceinture de contention qui lui serre le bide. Mais le but semble être atteint : le ventre-ballon a disparu.
Jour J+22 : retour en France
Le chauffeur de Chet vient nous chercher à 20h, l’avion étant à 23h. Il nous largue devant l’aéroport, à nous de jouer !
Errance classique dans le hall pour détecter le bon guichet, celui de la Swiss Air en l’occurrence. Il n’y a pas la foule mais nous ne sommes pas les premières. Crainte de ne pas avoir les bons sièges.
Nous donnons au guichet le certificat préparé par Chet comme quoi on vient de subir une réassignation de sexe et qu’il nous faudrait des sièges adaptés. Ouf ! Le type nous annonce qu’il nous donne deux places au premier rang de la cabine économique (on rêvait de fauteuils de première...), là où on peut allonger les jambes !. Une femme photocopie le certificat et nous félicite pour notre look et nos voix. On doit ensuite passer à un guichet payer les 500 baths de taxe d’aéroport.
Puis on montre nos passeports, on passe sans problème et on entre dans la zone internationale où se trouve une galerie marchande immense : comme nous avons une heure à tuer, nous en profitons pour acheter des cartouches de cigarettes (on a droit à 2 par personne) dont le prix est 5 fois moins cher qu’en France. On en profite aussi pour s’acheter hors taxe notre parfum préféré. A part ça il y a des alcools, des montres, des caméras, etc. et rien de très original pour les souvenirs.
Ce qui est original, par contre, c’est le coin fumeur : une petite salle toute fermée, mal aérée, véritable bocal de fumée aux murs et plafonds suintant de nicotine ! Pas la peine d’avoir une cigarette, il suffit de respirer ! Nat affronte néanmoins...
Enfin on embarque. Nous essayons nos sièges : bon, on va s’en tirer. On nous sert un plateau repas très médiocre. Le vin est tellement mauvais qu’une hôtesse suisse nous prend en pitié et nous récupère deux verres de vin provenant de la première classe... Sympa, même si ce nouveau vin n’est que buvable.
On se prend un cachet de somnifère, qui nous endort que faiblement, alors un deuxième et on fait le parcours vaguement endormies.
Petit déjeuner. Arrivée ! ... à Zurich
Nouveau hall, nouveau guichet et on nous confirme nos places au premier rang. Bien. Cette fois-ci l’espace fumeur est luxueux ! Nat se fait un plaisir de l’essayer.
Nouvel envol, une heure après, Roissy !! Sortie sans problème, récupération des valises. Un ami nous attend, direction toilettes et parking ! Ca y est ! Nous l’avons fait, nous sommes revenues !
Nous allons nous reposer quelques heures dans une maison amie et nous allons manger dans un troquet ou nous nous régalons d’une bonne entrecôte grillée et de fromages. Divin ! En fin d’après midi, Orly, où Easy Jet nous inflige 1h de retard. Découverte de l’espace fumeur à la française : un lieu ouvert, où des enfants jouent à côté...
Nous passons les contrôles sans encombre. Nat se fait draguer et AG se fait repérer : forcément, elle se fait fouiller par une nana de 1,50m qui n’arrive pas à lui toucher les épaules. Son collègue regarde la carte d’embarquement de AG, là ou figure le prénom masculin et les lettres "MR". Discrètement croit-il, il le met sous le nez de sa collègue... L’incident ne va pas plus loin. Pas de transphobie. Mais putains de papiers !
Vers 22H arrivée à Toulouse !
J Fiche conseil N° 7
n’hésitez pas à demander des explications à l’équipe Chet et à recouper les informations entre ce que disent les uns et les autres.
pensez à garder 500 baths pour la taxe d’aéroport
pensez à avoir noté le nom du parfum ou de l’appareil photo que vous aimeriez acheter, avec les prix français. Les boutiques d’aéroport vous feront peut-être faire une bonne affaire.
Epilogue
Encore quelques semaines et nous aurons pleinement conscience du changement intervenu.
Mais la dimension de ce voyage a dépassé le simple aspect médical.
Les modifications de l’espace temps, les rencontres humaines, les réflexions sur nos réactions, nos attentes, nos vies, ont donné à cette aventure au bout du monde une véritable dimension initiatique.
Nous n’avons pas fini de la digérer.




