LA PRISE D’ HORMONES
9 mars 2006 Naima Nanda
Note du collectif : Les produits et applications inscrites dans ce texte écrit par une médecin ne peuvent être prescrits que sur ordonnance après examens biologiques complets. L’utilisation sauvage, hors suivi endocrinologique est tout simplement suicidaire. Nous vous informons pour mieux comprendre les processus et éviter les erreurs.
Les traitements à visée hormonale
Avant tout, une notion essentielle
Les substances que nous allons aborder sont pour l’essentiel des produits de synthèse, donc des éléments étrangers à notre organisme. Elles sont parfois plus ou moins bien tolérées parce que l’organisme humain ne possède pas toujours les enzymes nécessaires à leur métabolisation. Et même quand ces enzymes sont présentes, elles peuvent exister sous plusieurs formes, dites variantes, l’une pouvant être efficace, la seconde moins, une troisième pas du tout.
De plus, les effets secondaires de ces substances ne sont pas encore tous connus car il faut au moins 20 ans de commercialisation pour en avoir une idée assez précise.
Aussi, est-il capital pour notre communauté de prendre ces produits avec un maximum de sécurité afin de vivre notre nouvelle vie à son meilleur niveau et aussi longtemps que possible. Même si l’information qui suit est parfois assez complexe, elle mérite d’être approfondie car il en va de notre santé.
Les principes de l’hormonothérapie au cours du processus de réassignation sexuelle
Deux classes de médicaments sont utilisées :
o Les freinateurs de la sécrétion hormonale habituelle
o L’opothérapie substitutive (la prescription d’hormones)
Nous envisagerons ces deux classes selon le sexe désiré
o Pour les MtF
La première phase est de diminuer considérablement l’action des androgènes.
Il y a plusieurs façons d’y parvenir, en voici quelques-unes :
· Inhiber la sécrétion des androgènes.
· Augmenter leur catabolisme, essentiellement au niveau hépatique.
· Inhiber l’action de l’aromatase, enzyme qui transforme de l’oestradiol en testostérone.
· Inhiber l’action de la 5-alpha-réductase, enzyme qui transforme la testostérone en DHT hydrotestostérone), son métabolite actif.
· Elever le taux de la SHBG , une protéine qui en se liant avec la testostérone diminue la forme libre qui est seule active.
· Empêcher que la DHT atteigne ses récepteurs spécifiques situés à la surface de certaines cellules, dites cellules cibles.
Les substances susceptibles d’être utilisées sont les suivantes :
· L’acétate de cyprotérone (Androcur et ses génériques) qui inhibe la 5-alpha-réductase accélère le métabolisme des androgènes par le foie et freine également et fortement l’activité gonadotrope de l’antéhypophyse. La posologie admise est de 100 mg/j à laquelle la tolérance est bonne, n’exposant pas comme les doses supérieures à une prise de poids, à une fatigue plus ou moins intense voire un ictère .
· La spironolactone, (Aldactone et ses génériques) l’un des premières molécules anti-androgènes utilisées, bien tolérée mais moins efficace. Si la gynécomastie est relativement fréquente (fonction à la fois de la dose journalière et de la durée du traitement), les autres effets recherchés sont nettement moins fréquents, l’impuissance notamment.
· Le flutamide (Eulexine et génériques) qui bloque les récepteurs aux androgènes et qui semble dénué d’effet nocif véritable. Il peut induire une certaine gynécomastie et/ou sensibilité mammaire. Dose recommandée : 250 mg/j.
· Le nitulamide (Anandron) qui agit de la même façon. Il est reconnu pour induire impuissance, baisse de la libido, gynécomastie mais aussi bouffées de chaleur et alopécie ainsi que des signes biologiques d’inflammation du foie (augmentation des transaminases). Présenté aux posologies de 50 mg et 150 mg par comprimé, il est préconisé dans le domaine qui nous concerne à 50 mg/j. Les effets oui, mais pas les inconvénients.
· Le finastéride (Chibro-Proscar dosé à 5 mg / Propecia dosé à 1 mg) qui agit en inhibant l’action de la 5-alpha-réductase. A la dose de 5 mg/j, il induit par ordre de fréquence décroissante : impuissance, diminution de la libido, gynécomastie, sensibilité mammaire, douleurs testiculaires, somnolence.
Les effets recherchés par la prise de ces produits sont en fait leurs effets secondaires car la prescription habituelle de ces molécules est tout autre : cancer ou hypertrophie bénigne (adénome) de la prostate, hypertension artérielle, insuffisance cardiaque, syndrome néphrotique...
Ces effets secondaires sont parfois peu fréquents comme ceux du finastéride, guère plus élevés que ceux générés par un placebo : Les résultats de deux études ayant duré 4 ans (études PLESS et MTOPS) ont chiffré la fréquence de ces effets secondaires en les comparant notamment à un placebo :
Sous finastéride Sous placebo Impuissance 16,1% (P)18,5% (M) 10,4% (P)12,2% (M) Baisse de libido 10% 5,7% Gynécomastie 2,2% 0,7% (P) : Selon l’étude PLESS - (M) : Selon l’étude MTOPS
En pratique, seul l’acétate de cyprotérone (Androcur) apparaît capable de satisfaire nos besoins. Il permet de revenir à un état proche de l’avant puberté : diminution de volume de la verge, de la pilosité, réduction de la libido et du nombre d’érections.
La seconde étape est la prise d’oestrogènes en association avec l’Androcur.Leur action est au moins triple : · Action féminisante et la plus évidente !
· Action anti-androgène par augmentation de la synthèse de la SHBG et par voie de conséquence, diminution de la fraction libre de testostérone.
· Action antigonadotrope.
Les formes disponibles sont :
· L’oestradiol naturel (17-bêta-oestradiol) qui existe sous forme de comprimés et de gels percutanés. La forme locale est préférable du fait que ne passant pas par le foie, elle nécessite des doses 4 fois inférieures à la forme buccale. Elle présente donc une meilleure tolérance, ce qui est intéressant surtout à long terme.
· L’éthynil-oestradiol qui est à déconseiller du fait de la possibilité de la survenue soit d’accidents de phlébites et d’embolies d’une part soit d’un cancer du foie.
Dans la majorité des cas, l’association ce l’acétate de cyprotérone et de 17-bêta-oestradiol suffit. Dans les cas résistants, est alors jointe une troisième molécule, la triptoréline (Décapeptyl), un analogue de la GnRH , voire une quatrième, la flutamide ou la nitulamide.
o Pour les FtM
La première étape est d’obtenir le retour à l’état prépubère.
C’est le temps de l’acétate de cyprotérone qui, par son action antigonadotrope puissante, supprime les règles et réduit le volume mammaire.
La seconde étape est la prise d’un androgène après arrêt de l’acétate de cyprotérone.
Les androgènes agissent sur le récepteur aux androgènes et induisent le développement des caractères sexuels secondaires masculins : barbe, poils, peau moins soyeuse.
La testostérone est disponible sous trois formes :
· Orale : Pantéstone, comprimés dosés à 40 mg.
· Retard : Androtardyl, une injection intramusculaire de 250 mg deux fois par mois.
· Transcutanée : Androgel, sachets dosés à 25 ou 50 mg.
La dé-hydro-testostérone (DHT) ou androstanolone (Andractim, tube de gel gradué) présente l’avantage par rapport aux formes précédentes de ne pouvoir être dégradée en œstrogène par l’organisme. Elle n’expose donc pas la femme non opérée au risque de cancer de l’endomètre.
Références
o Actualités Innovations Médecine, n° 106 de mai 2005, pp. 25 à 30.
POUR TOUTES VOS QUESTIONS UN FORUM EST OUVERT NOUS ESSAYERONS DE VOUS REPONDRE AU MIEUX
o Dictionnaire Vidal.
Naïma Nanda




