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Bonifier nos relations aux soignants !

24 mars 2006 Naima Nanda


Bonifier nos relations aux soignants

A la lecture de nombre de forums, j’ai été très touchée par les récits des relations difficiles de certaines et certains d’entre nous avec le corps médical.

Et mon attention allait aussi bien à mes soeurs et frères d’infortune qu’aux médecins incriminés, du fait que je suis à la foit MtF inscrite dans un processus de réassignation sexuelle... et médecin.

Très rapidement, des outils de communication que j’utilise dans le soutien des malades atteints de cancer me sont apparus facilement adaptables à notre condition car, entre cancer et transidentité existe un lien essentiel. Face à ces problèmes, les médecins sont confrontés aux limites de leurs moyens thérapeutiques et comme ils ne bénéficient pas (ou très rarement) de groupes de paroles où ils pourraient exprimer leur souffrance, ils entretiennent inconsciemment en eux une insatisfaction chronique.

Au cours de ma pratique professionnelle (commencée en 1976), j’ai rencontré nombre de confrères et consoeurs qui m’ont partagé leur désarroi face aux troubles et affections chroniques tant ils se sentaient alors inutiles. Cela devenait tellement insupportable pour eux que chacun essayait d’exorciser sa douleur à sa façon, certains, de plus en plus nombreux, en s’orientant dans une voie parallèle, d’autres, en petit nombre, en abandonnant la profession, d’autres encore en psychiatrisant la problématique...

Moi-même insatisfaite de l’enseignement universitaire que j’avais reçu, je me suis vite tournée vers des voies autres : homéopathie, nutrithérapie, phytothérapie puis en 1993-1995, techniques du Dr Carl Simonton.

Depuis le milieu des années 70, ce médecin américain propose des stages aux malades atteints de cancer ou de leucémie ainsi qu’à leurs « personnes soutiens ». Des stages de 5 jours au cours desquels le couple patient/soutien apprend à gérer de façon efficace tout ce qui survient dans le quotidien quand on est atteint d’une telle affection.

Certains des outils concernent la communication avec l’équipe soignante. Ils sont, à mon avis, parfaitement transposables lors de notre parcours de réassignation. Mais avant de les aborder, il nous faut considérer la fonction de soignant, telle qu’elle est vécue par eux qui l’exercent.

°°° ° °°°

Les soignants ne viennent pas à ce métier « par hasard ». Il semblerait qu’ils soient déterminés à faire ce choix suite à un événement (ou une succession d’événements) survenu dans leur jeune enfance qui les a confrontés à la fragilité de la vie et à son caractère éminemment précieux. Ils ont donc une sensibilité exacerbée qui anime leur désir d’alléger les souffrances quand ils ne peuvent pas les guérir. De tous les soignants, les médecins sont certainement ceux qui sont le moins à même d’affronter sainement leurs propres souffrances face à l’évolution péjorative de certains patients comme face à la mort.

Il y a certainement de nombreuses raisons à cela et la liste ci-dessous ne se prétend pas exhaustive :

1.Lorsqu’ils se sont inscrits à la faculté de médecine, les futurs médecins n’ont pas été soumis à des tests préalables évaluant leurs motivations personnelles et leurs aptitudes psychologiques à accompagner des malades. (CF les conditions d’entrée aux études d’éducateur spécialisé ou de psychologue)

2.Pendant leur formation universitaire, les bases de psychologie qu’ils ont reçues ne leur ont pas permis d’appréhender les fonctionnements du mental humain.

3.Quand ils ont commencé à exercer, il ne leur a pas été demandé de suivre une psychothérapie de soutien ni d’avoir de référent avec qui parler des difficultés rencontrées pendant leur activité. (CF les conditions d’acceptation au grade de psychothérapeute selon la charte syndicale)

4.Exceptés les services de soins palliatifs, ceux de la douleur et encore quelques autres, il n’existe pas de groupe de parole au sein des structures actuelles où ils pourraient trouver une écoute et peut-être des réponses à leurs questions.

5.Dans leur grande majorité, ils n’ont pas fait de travail sur eux-mêmes. Ils ignorent donc pour quelle raison inconsciente, ils ont épousé cette profession...

6.Le plus souvent seuls face à leurs souffrances, ils mettent en place des comportements d’évitement de celles-ci, véritables comportements de survie sans lesquels la poursuite de leur pratique serait difficilement envisageable. Des comportements qu’ils endossent comme des carapaces face à ceux mêmes qu’ils ont pour mission d’écouter et d’aider...

Selon la théorie proposée par l’analyse transactionnelle, la « vocation » de soignant, et plus encore celle de médecin, serait en lien direct avec une croyance propre à l’enfance, celle de la toute puissance qui porte à penser qu’en acquérant les connaissances nécessaires, on peut venir à bout de tous les ennemis, la maladie et la mort notamment... Toute puissance qui ne conçoit pas que quelqu’un, quelque chose puisse lui échapper ou résister à ses normes (Ce qui est sain et ce qui est malsain).

Croyance manichéenne qui exclut la diversité et la complémentarité. Une attitude mortifère bien que se prétendant du contraire...

Pour devenir un soignant efficace, il faut donc d’abord connaître ses propres motivations inconscientes afin de ne plus se laisser manipuler par elles. Il faut ensuite les évacuer et les remplacer par d’autres plus réalistes et plus humaines, plus modestes.

Alors la maladie et la mort réintègrent la vie. Elles ne sont plus des ennemis mais des étapes d’un processus naturel.

Alors il n’y a plus de mauvais malades « qui ne veulent pas guérir » mais des êtres humains dont le destin n’est pas la possession des soignants mais la leur propre. Les soignants « n’ayant plus » qu’un rôle de conseil et d’accompagnement.

Ainsi replacée dans ce contexte, la fonction de soignant (et notamment celle de médecin) retrouve-t-elle toute sa noblesse, celle du service à l’autre et de la compassion.

°°°

De la compréhension de la condition de soignant (telle qu’elle est et telle qu’elle pourrait être idéalement), découle, à mon avis, une série de réflexions et de conseils pratiques pour les personnes soignées.

1. « Habeas corpus », grand principe du droit anglais. Autrement dit : « Ton corps t’appartient. Toi seul est responsable de ce que tu fais de lui. » (Difficile à faire admettre dans le contexte français qui reste accroché à une perversion du principe d’apporter de l’aide à toute personne en danger)

2. Tu as et gardes la liberté d’accepter ou de refuser les thérapies qui te sont proposées. (Même remarque que précédemment)

3. Si tu préfères d’autres voies que celles que te propose la médecine officielle, mets-toi en quête de professionnels compétents et compatissants. (Difficile à mettre en oeuvre en France du fait que tout ce qui n’est pas reconnu officiellement est implicitement considéré comme pratique charlatanesque et par ce fait condamnable...)

4. Dans ton choix des soignants officiels et obligatoires, assure-toi que ceux-ci respecteront tes opinions et tes choix.

5. Dans tes rapports avec les médecins, rappelle-toi qu’ils sont comme toi, des êtres humains à la sensibilité exacerbée, donc susceptibles dès qu’ils se sentent remis en question quant à leurs capacités. Considère que leurs réactions premières à certains de tes propos ou certaines de tes attitudes ne sont que le reflet de leur peur d’échouer dans leur mission.

Rassure-les de ta volonté de coopération car tu as vraiment besoin d’eux à leur meilleur niveau.

Ces quelques pages ne sont qu’un brouillon, le départ de ce que je voudrais une réflexion de toute notre communauté afin que le meilleur sorte pour nous comme pour nos soignants.

Naïma Nanda


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